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22 décembre 2007

Second Life, II

Cher Philippe,


Demain, la France entière découvrira, émerveillée, les surprises que tu nous as préparées pour Noël, et se réjouira de célébrer avec toi la centième de cette émission totale foutraque qui nous divertit si bien des misérables frasques élydisneyiennes qui nous plombent par ailleurs. Grâce t'en soit rendue, et puisses-tu continuer longtemps à charmer nos oreilles et nos cœurs.

Comme tu n'avais pas pu résister à la tentation de nous vendre la mèche du programme de demain, allant jusqu'à le claironner ça et là, sauf ici, j'avais un temps pensé à me glisser dans tes pas et à me livrer de nouveau à ce que j'avais tant aimé faire avant la soixante-neuvième émission, imaginer ici ce que j'aimerais entendre dans la Panique au Mangin Palace de dimanche.

A priori, nous serions ce matin le dimanche 23 décembre 2007, 11h06, bonjour à toi l'ami. Cette semaine, dans
Panique au Mangin Palace, tu es ORTF, tu es la différence, tu es studio Charles Trenet, tu es c'était mieux avant, oui, tu l'auras compris, l'ami, ce matin, tu es France Inter"

Et puis, soudain, malgré la joie que je n'aurais pas manqué de trouver à imaginer la suite, une autre envie, bien plus profonde, m'a envahie : retrouver l'inflexion des voix chères qui se sont tues. Tu sais déjà à quoi ressemblerait ma vie rêvée, laisse-moi te dévoiler les ondes auxquelles je rêve.

Vers 7 heures 30, la merveilleuse voix de Frédéric Pommier me tirerait doucement du sommeil, et ferait naître le premier sourire de ma journée. Tandis que j'étirerais mes membres endormis tout en profitant quelques instants encore de la chaleur de mon lit, Frédéric proposerait à Clotilde Dumetz de me raconter un peu ce que disent les journaux, afin de me permettre de reprendre pied dans la réalité, puis il demanderait à Bernard Maris de m'expliquer comment les économistes s'y prennent pour mesurer mon bonheur ou de me rappeler pourquoi la fonction publique est essentielle à la démocratie.
Rassurée sur l'avenir du monde comme il va, je me lèverais et profiterais de l'excellent disque programmé par Eric Hauswald pour chanter sous ma douche. Ensuite, comme je savourerais un thé fumant, à 7h55, Martin Winckler arriverait sur l'antenne pour partager avec moi, à travers une chronique brillante, un savoir qui pourrait soulager ou libérer les autres. Le carillon de 8h00 retentirait, et Patrick Roger me saluerait de son "bonjour" si réjouissant, comme pour s'excuser des nouvelles qu'il serait sur le point de m'annoncer, selon une hiérarchie qui ne souffrirait aucune entorse pipolistique ou noëlesque.
À 8h20, Nicolas Demorand aurait le droit de venir interviewer un invité politique, à condition de le remettre à sa place comme il a su le faire lorsque le dit invité se mettrait à dire n'importe quoi. L'interview durerait jusqu'à 8h40, heure à laquelle Vincent Josse viendrait nous mettre l'eau à la bouche pour la journée.
Vers 8h57, Alain Rey me rendrait un peu moins bête pour la journée, et à 9h00, Patrick Roger ferait un dernier tour de piste, avant de tendre le micro à Claude Villers, le marchand d'histoires qui saurait si bien me faire rêver.
À 10h00, Pierre Bouteiller débarquerait sur l'antenne, bonhomme, et le charme de sa voix agirait sur mes oreilles jusqu'à 11h00, m'entraînant sur les sentiers décalés de la culture, me soufflant des idées de lecture que je n'aurais pas eues sans lui.
À 11h00, le Tribunal des flagrants délires reprendrait du service, sous la houlette des sous-réalistes.
Le métallophone de Louis Bozon viendrait annoncer le Jeu des mille francs, puis le journal de la mi-journée serait présenté par n'importe qui, pourvu que ce ne soit pas Fabrice Drouelle.
Les 2000 ans d'histoire et le savoir éclairé de Philippe Gélinet m'accompagneraient alors jusqu'à l'heure de la sieste, agréablement pimentée par les notes savoureuses de Frédéric Lodéon, en alternance avec les chansons choisies de Laurent Lavige.
Je me réveillerais en pleine forme vers 15h00, et reprendrais du service militant grâce à Mermet et son émission modeste et géniale. Je serais alors parfaitement prête pour LE rendez-vous de la journée, La Bande à Bonnaud, qui me tiendrait en alerte jusqu'à 18h00.
Après le journal, Jean-Luc Hees tisserait ses indispensables Synergies , jusqu'au journal de 19h30, présenté par n'importe quel journaliste sachant faire son métier. Après la météo marine, Kathleen Evin me charmerait de sa voix douce et sonore, et m'emporterait à son tour sur des chemins buissonniers que je n'aurais pas songé à arpenter sans elle.
De 21h30 à 22h30, Lenoir viendrait mettre le feu à mes oreilles, et après, j'aurais chaque soir la surprise de découvrir l'émission mystère : une spéciale de La Tête au carré ou d'Eclectik, une rediffusion de la Panique au Mangin Palace ou de Jee-Bee et les cybernanas, un reportage d'Interception, un épisode du Perroquet des Batignolles ou une Course au bout de la rue avec Arnaud Monnier.... Une pépite sonore, comme tu dirais.
Je finirais par aller me coucher, ravie, et si jamais je ne parvenais pas à trouver le sommeil, évidemment, je m'en remettrais à la voix rauque de Macha Béranger pour m'accompagner dans la nuit.

Tu vois, cher Philippe, il ne faudrait pas grand chose...

À toi pour toujours,


Valentine


14 novembre 2007

Mauvaise foi

Cher Philippe,

Ce matin, c'était la grève, et, tu le sais, les jours de grève, on doit être pris en otage par d'odieux syndicalistes cruels et prêts à tout, sinon cela veut dire que la grève n'a pas vraiment eu lieu, ou que c'est une grévette, une grève dont tout le monde rigole.
Or, le mercredi, il se trouve que je travaille chez moi, si bien que je risquais de passer à côté de ma prise d'otage obligatoire. Aussi me suis-je forcée à deux choses :
Primo, je suis restée au lit bien plus tard qu'à l'accoutumée, afin que pour moi aussi, aujourd'hui, la journée de travail et ses horaires soient bien chamboulés.
Secundo, et cela m'a coûté, j'ai décidé, tandis que je profitais de quelques minutes encore pour me prélasser dans mon lit, d'allumer ma radio sur France Inter. Tu le sais, je n'écoute plus France Inter le matin depuis des semaines (et plus du tout, en fait, sauf le dimanche), mais ce faisant, j'ai eu le sentiment d'être solidaire des otages qui ne devaient pas manquer d'encombrer les quais des gares et des stations de métro : bringueballée sans comprendre, attendant qu'il se passe enfin quelque chose, ne sachant jamais si je finirais par arriver à destination.
Prisonnière d'enjeux qui me dépassaient.
Car figure-toi, cher Philippe, qu'un débat fondamental se jouait ce matin sur France Inter. Et un débat conduit avec la plus grande rigueur, entre Franz-Olivier Giesbert et Christophe Donner, le tout à peine arbitré par un Vincent Josse qu'on avait connu mieux inspiré.
Je ne te rapporterai pas leurs propos, tant ils étaient ineptes, il suffira que je dise que Donner accusait Giesbert de ne pas avoir voté pour lui pour le Renaudot, et d'avoir mené une cabale destinée à empêcher tout auteur estampillé Grasset de parvenir aux honneurs tant désirés. J'ai rarement entendu débat si consternant, et ce n'est pas faute, pourtant, d'avoir beaucoup entendu BHL et Finkelkraut s'exprimer sur les ondes ces derniers temps- eh oui, même sur Radio Classique.
Mais le plus insupportable, ce n'était peut-être pas d'entendre ce vieil assis de Giesbert s'empêtrer dans des arguments totalement fallacieux et tenter d'en sortir par de ridicules éclats paternalistes des plus déplacés - qu'aurais-je pu attendre d'autre de la part d'un écrivailleur si médiocre ? Non, ce qui était le plus insupportable, c'était de voir Christophe Donner se laisser prendre au piège que lui tendait Giesbert. Non que j'aime particulièrement Donner - ses chroniques du Monde 2 m'énervent le plus souvent, mais enfin, il a un ton qui a le mérite de trancher un peu sur celui, aseptisé, de ses aînés. Sauf que ce matin, il avait surtout le ton de celui qui se laisse avoir, qui le sait, et qui aime ça, parce qu'il sait qu'ainsi, il sera reconnu dans la cour des aînés, ceux qu'il aimerait déjà pousser dans la nuit de la critique.
Et alors qu'au départ, j'avais l'impression d'entendre l'homme de bonne foi, Donner, se laisser prendre par le vieux filou à la rhétorique bien trop exercée, j'ai fini par entendre toute autre chose. C'était Donner qui menait le jeu. Qui lançait la polémique, et qui en profiterait - par un bond significatif des ventes (jurisprudence Houellebecq), et, un peu plus tard, par la publication du récit de la polémique (jurisprudence Angot).
A cet instant, je dois bien l'avouer, j'ai eu envie d'écraser ma radio à coups de massue, et afin de ne pas céder à cet instinct primaire et bestial, je me suis levée. Juste à temps, aussi, pour ne pas entendre l'insupportable voix d'Isabelle Giordano annoncer l'arrivée de la non moins insupportable Bécasse Schneck, ce qui m'aurait, à coup sûr cette fois, forcée à massacrer mon poste.
Demain, cher Philippe, la grève continuera peut-être, et dans ce cas, j'enfourcherai mon vélo pour me rendre dans les locaux de la sinistre entreprise qui m'emploie à m'étioler. Mais, c'est juré, je ne me laisserai plus prendre en otage par le service minimum de la radio publique.
Sauf le dimanche, cela va sans dire, où je succomberai volontiers au syndrome de Stockholm de 11 heures à midi.

A toi pour toujours,


Valentine

Goya, Saturne dévorant ses enfants, Madrid, Musée du Prado, c. 1821.

25 septembre 2007

Infidèle

Cher Philippe,

L'infidélité, je le sais, n'est pas un péché - pas capital, en tout cas. Je m'y complets néanmoins, et il fallait que je te le dise. Oh, pour l'instant, elle ne te touche pas encore, mais qui sait ? ma lassitude à entendre certaines voix de France Inter piailler sans discernement dès que j'allume mon poste pourrait bien avoir raison de notre rendez-vous du dimanche. Parce qu'il faut bien que je te le dise, désormais, ma radio est branchée sur Radio Classique.
Sur Radio Classique, on n'entend ni Colombe Schneck, ni Isabelle Giordano. On n'est pas obligés, quand on écoute Radio Classique le matin, de couper le son de 8h16 à 8h20 afin d'éviter l'odieuse chronique de Bernard Guetta. Enfin, sur Radio Classique, Yves Calvi est inconnu. Certes, on n'y entend pas non plus Vincent Josse, Kathleen Evin ou Mermet, mais ça ne saurait tarder, à en croire la fâcheuse tendance qu'ont vos dirigeants à se débarrasser des voix qui nous sont chères pour les remplacer par celles qui nous vrillent les oreilles et l'esprit.
Et puis, et puis, sur Radio Classique, surtout, il y a Jean-Luc Hees. Outre que sa présence sur ces ondes nous autorise tous les espoirs quant à la présence future de Bonnaud sur cette même antenne - Hees ayant fait les frais avant lui de la politique de service public en vogue sur Inter-, Jean-Luc Hees reste mon idole. Je l'aime, vois-tu, pas comme je t'aime, non, bien sûr, mais je n'oublierai jamais que c'est lui qui m'a fait vivre mes premiers émois radiophoniques, et qui m'a donné le goût de rêver en écoutant le monsieur dans le poste - sans lui, je ne te connaîtrais peut-être pas.
Je l'aime, enfin, parce que quand je l'écoute, les soirs, vers 18h10, j'ai 20 ans de nouveau.

A toi pour toujours,

Valentine


Delacroix, Eve tentée par le serpent, Musée du Louvre

22 février 2007

Y'a des matins comme ça



Cher Philippe,

Alors que j'ai encore dans la tête le son miraculeux des Gordon Sanchez que j'ai eu le grand bonheur d'écouter hier soir au Réservoir, c'est ce matin la voix lénifiante de Bayrou qui explose à mes oreilles, et le contraste est rude.
Comment 55% des Français pourraient-ils avoir envie de voir ce pater familias bourgeois et droit dans ses bottes parvenir à l'Elysée ?
Ce type ne doute de rien, c'est insupportable, et le pauvre Nico du Cetneuftrente peine à rabattre la morgue de son interlocuteur - ce qui n'est pas commun.
Bref, je vais m'empresser d'aller compulser frénétiquement mon horoscope, en espérant qu'il m'annoncera une belle surprise pour la journée, seul moyen de transformer cette journée en autre chose que ce vers quoi elle se dirige fissa après cette entrée en matière : une journée de merde.

A toi pour toujours,

Valentine