30 mai 2007

Pour l'éternité


Cher Philippe,


Tu le sais sans doute, de l'amour à la haine, il n'y a souvent qu'un pas, que d'invisibles blessures font parfois franchir. Un geste de trop, un geste de moins, une phrase qui échappe, ou une autre qui ne vient pas - la frontière est ténue et quand on l'aperçoit, il est déjà trop tard, on est de l'autre côté.
Alors, avant que ton silence ne me fasse irrémédiablement verser de cet autre côté, d'où, comme de l'enfer, on revient rarement, laisse-moi te raconter une histoire dont la délicieuse ironie m'enchante.
Tu as peut-être déjà hanté, un dimanche où tu n'officiais pas encore à nous divertir sur les ondes, les allées silencieuses et la crypte solennelle du Panthéon. Peut-être que ce dimanche-là, tu avais prévu de passer la journée avec ton amoureuse, que tu lui avais donné rendez-vous à Saint-Michel et qu'elle t'avait fait faux bond. Peut-être ne t'aimait-elle plus, ou ne t'avait-elle jamais aimé, ou peut-être était-elle retenue chez elle par la visite intempestive d'un oncle de province? Toujours est-il que tu l'avais attendue près d'une heure, avant de partir noyer ton chagrin au hasard des rues parisiennes, dont tu ne percevais même plus l'animation, tant ton âme était triste. Evidemment, tes pas te portèrent rue Soufflot, sans que tu le saches, et ce fut d'une démarche languissante et lourde du désespoir de tous les coeurs brisés que tu la remontas, sans même le savoir. Que te faisait, à toi, à cet instant, de savoir où aller ?
Mais voilà, parvenu en haut de la rue Soufflot, tu te trouvas face au Panthéon. Monument immense, imposant, avec son fronton républicain qui rappelait qu'aux grands hommes, la patrie était reconnaissante. Alors soudain, sans réfléchir, tu t'y engouffras, songeant peut-être aux accents de Malraux célébrant l'entrée de Jean Moulin au même lieu, plus sûrement sans doute en espérant trouver une sorte de réconfort à descendre ainsi au champ des morts éprouver ta peine à l'aune du souvenir de tes illustres et défunts semblables.
Passant sans même les voir les fresques pompières des glorieux murs, tu laissas ton instinct te guider vers le monumental escalier qui t'appelait sur ta gauche. Là, à l'ombre du coeur de Gambetta, tu franchis d'un pas pesant la volée de marches qui te séparait du séjour des morts. L'obscurité te saisit quand tu pénétras dans la crypte, tandis qu'un voile d'humidité désagréable te mordait le visage. Enfin, tes yeux s'accoutumèrent peu à peu à la lumière faiblarde, et enfin tu les vis.






Voltaire et Rousseau, réunis dans la mort, pour l'éternité.




Là, tu songeas sans doute à l'esprit malin qui les avait ainsi figés, dans une posture qui donnait sans conteste la victoire au vieux lion de Ferney.
Sa statue ne semblait-elle pas rire de ce coup du sort qui lui permettait, jusque dans la mort, de moquer son ennemi, le jeune impudent qui avait, toute sa vie durant, voulu lui faire de l'ombre, et qu'un seul de ses mots avait suffi à mettre à bas ?
Le bras de Rousseau, au contraire, semblait vouloir rentrer en la tombe afin d'échapper à la torture de pourrir sous les yeux de son ennemi mortel, cet homme qu'il avait tant aimé, avant de le vouer aux flammes de la haine éternelle.
Alors, vois-tu, cher Philippe, en tombant en arrêt devant cette farce un peu macabre du destin, tu aurais pu méditer sur le fil ténu, qui, je te le disais en commençant, distingue les sentiments. Et si tu l'avais connue, cette ultime lettre que Rousseau adressa à Voltaire aurait résonné d'un glas bien amer dans ton esprit chagrin :

Je ne vous aime point, Monsieur; vous m'avez fait les maux qui pouvaient m'être les plus sensibles, à moi votre disciple et votre enthousiaste. Vous avez perdu Genève pour le prix de l'asile que y avez reçu; vous avez aliéné de moi mes concitoyens pour le prix des applaudissements que je vous ai prodigués parmi eux : c'est vous qui me rendez le séjour de mon pays insupportable; c'est vous qui me ferez mourir en terre étrangère, privé de toutes les consolations des mourants, et jeté pour tout honneur dans une voirie, tandis que tous les honneurs qu'un homme peut attendre vous accompagneront dans mon pays. Je vous hais, enfin, puisque vous l'avez voulu; mais je vous hais en homme encore plus digne de vous aimer si vous l'aviez voulu. De tous les sentiments dont mon cœur était pénétré pour vous, il n'y reste que l'admiration qu'on ne peut refuser à votre beau génie et l'amour de vos écrits. Si je ne puis honorer en vous que vos talents, ce n'est pas ma faute. Je ne manquerai jamais au respect qui leur est dû ni aux procédés que ce respect exige.

Et vois-tu, cher Philippe, je donnerais dix ans de ma vie pour avoir été l'auteur de cette incroyable sentence : je vous hais, enfin, puisque vous l'avez voulu; mais je vous hais en femme encore plus digne de vous aimer si vous l'aviez voulu.

Puissé-je n'avoir jamais à te la jeter au visage.

A toi pour toujours,

Valentine

27 mai 2007

Le petit vélo au fond de la cour

Cher Philippe,


Drôle de climat pour parler de la petite reine, il tombe des hallebardes et j'ai au coeur des roues qui partent dans tous les sens plutôt qu'un mécanisme bien réglé. Heureusement que les sentiments que je te porte, eux, sont capables de passer tous les cols, sans même charger la mule : tu es mon EPO, mon pot belge... T'a-t-on jamais fait plus joli compliment ? Je parie que non, et me réjouis, une fois de plus, de savoir renouveler les codes amoureux simplement parce que je pense à toi.

A toi pour toujours,

Valentine

16 mai 2007

Méditations



Cher Philippe,

Demain, ce n'est pas au Crillon que je m'adonnerai à mon vice favori, mais à la Mamounia, le palace de Marrakech, car, oui, fidèle à ma caste, je pars à Marrakech à l'Ascension - célébrer la fête christique dans une mosquée me paraissant une excellente idée pour chasser la morosité que l'on sait.
Pendant que je peaufinerai mon teint et mes talents de négociatrice au Souk, je te laisse méditer (sur un yacht, ou non, ce sera à ta convenance - on a les méditations que l'on peut) sur cette histoire qu'Emmanuel Carrère met dans la bouche de Philip K. Dick dans la biographie qu'il consacre à ce fou génial (lui), histoire sur laquelle on pourrait méditer des heures :

C'est une maîtresse de maison qui reçoit à dîner et elle a posé une superbe entrecôte de cinq livres sur le buffet de la cuisine. Quand les invités arrivent, elle bavarde avec eux dans le salon, ils prennent un martini ou deux, puis elle s'excuse, file dans la cuisine pour aller préparer l'entrecôte... et s'aperçoit qu'elle a disparu. Qui voit-elle alors dans un coin, en train de se pourlécher tranquillement les babines? Le chat de la maison. [...] Les invités accourent. Ils discutent. Les cinq livres d'entrecôte se sont volatilisées et le chat a l'air parfaitement satisfait et repu. "Pesons le chat", suggère quelqu'un. Ils ont tous un peu bu et l'idée leur paraît excellente. Ils vont dans la salle de bains, placent le chat sur la bascule. Il pèse cinq livres. Tout le monde se presse autour de la bascule. Un invité dit "C'est bien ça, le compte y est". Ils sont certains de savoir ce qui s'est passé, maintenant qu'ils ont une preuve concrète. C'est alors qu'un autre invité, pris de scrupules, demande : "Mais où est le chat?"


A toi pour toujours,

Valentine

Emmanuel Carrère, Je suis vivant et vous êtes morts, Editions du Seuil

14 mai 2007

Se lever tôt, mais à quelle heure?


Cher Philippe,

Parmi les questions qui me tarabustent depuis quelques semaines, outre l'issue de notre passion qui me semble parfois aussi improbable que l'élection de Ségolène Royal, il y a celle de la France qui se lève tôt. Car, vois-tu, comme on ne nous dit jamais l'heure à laquelle il conviendrait de se lever pour être de bons Français, je suis en quelque sorte rongée par un insidieux sentiment de culpabilité : et si je ne me levais pas assez tôt ?
Curieusement, alors que je travaille, et souvent plus, même, je ne peux m'empêcher de me sentir visée par cette désignation qui me rejette à la marge. Comme si cette formule n'était qu'une vaste entreprise d'exclusion culpabilisante. Une de plus ? Exclure plus, pour contrôler plus ?
Mais voyons un peu, cher Philippe, comment fonctionne cette propagande bien ordonnée, qui, comme chacun sait, commence par soi-même.
A part les boulangers ou les gens qui travaillent de nuit, qui se lève tôt, sinon les perdants du système, ceux qui doivent se fader des heures et des heures de transport parce qu'ils n'ont pas les moyens de vivre près de leur lieu de travail ? S'ils se lèvent tôt, c'est parce qu'ils travaillent dans des conditions qui ne leur permettent plus de vivre correctement, et de travailler correctement. Autrement dit, les heures non dormies par ceux qui se lèvent tôt, ou non utilisées à vivre, ce ne sont pas des heures de travail, ce sont des heures de galère et de précarité. CQFD.
Moi, je travaille. Je me lève donc pour aller travailler. Je mets un réveil. A 7h53. Je ne perds pas trois heures dans les transports. Et quand je sors du travail, ma journée n'est pas morte - vu qu'au cas où certains l'auraient oublié, la journée de 12 heures de travail, ça fait longtemps qu'elle est illégale en France, heure sup défiscalisée ou non. Et donc, moi, avec le temps qui me reste, je lis, je sors, je te déclare ma flamme, bref, en un mot, je vis.
Alors, si la bonne heure pour se lever, en langage sarkosyste, c'est celle qui permet d'accomplir ce travail, d'où me vient ce sentiment que lorsque le nain furieux parle de la France qui se lève tôt, je n'en fais pas partie ? Que j'appartiens à l'autre côté, celui des feignasses, des assistés, des profiteurs et des parasites de la société dont il aimerait tant nous débarasser ? Peut-être parce que la France qui se lève tôt, cette France rêvée et cauchemardesque, ce serait une France peuplée de gens dont chaque minute, même perdue - surtout perdue, à ramer dans les transports par exemple - devrait être consacrée au travail. A la valeur travail. Pour que cela ne nous laisse surtout pas un instant pour vivre, penser, aimer.

Perspective réjouissante s'il en est.

Pourtant, malgré toute la désespérance dont ce constat m'accable, je te le promets, cher Philippe, pour préserver le temps que je passe à t'aimer, je suis prête à me lever tôt - bien plus tôt. Et, oui, même le dimanche, malgré ce que j'ai pu en dire parfois, quand toi-même te lèves tôt afin de travailler à nous concocter de riants réveils.

A toi pour toujours,

Valentine


PS : J'ai fait un rêve étrange cette nuit... D'un côté, Victor Hugo, Eugène Sue, François Mitterrand. De l'autre, Eric Besson, Jacques Chirac, Claude Allègre. Tu devines le rapport?


11 mai 2007

Des bas


Le brouillon de Sarkozy lors du débat du 2 mai


Bout de l'an


Cher Philippe,

Le bout de l'an, avant, c'était le moment où, après un an de deuil, on pouvait enfin quitter les habits sombres et revenir à la vraie vie - celle où l'on peut sourire, rire, aimer, sans être la cible des défenseurs de la morale des autres.
Alors, comme depuis dimanche dernier le deuil risque de durer cinq ans, autant décider de le rompre dès aujourd'hui, histoire de ne pas ajouter la morosité à la désespérance.
Dont acte : dire et dire encore la passion qui m'anime, n'est-ce pas la meilleure forme de résistance au carcan de plomb qui nous menace? Pour ma part, j'en suis intimement convaincue.

A toi pour toujours,

Valentine

29 avril 2007

On n'est pas sérieux quand on a 17 ans


Cher Philippe,

Si j'étais adolescente, je créerais un blog sur lequel je te déclarerais ma flamme à chaque instant.

A toi pour toujours,

Valentine.

26 avril 2007

Influences

Cher Philippe,

Rarement printemps n'aura autant été sous influences.

L'influence du temps, pour commencer, même si cela me peine un peu d'aborder ici un chapitre météorologique qu'on réserve d'habitude à ceux à qui on n'a rien à dire. Pourtant, force est de constater que depuis quelques semaines, le roi des astres nous comble, et du coup, nous passons le plus clair de notre temps à exposer à ses regards nos corps engourdis par un trop long hiver. Fort bien, fort bien, mais en attendant, la fréquentation des radios, et des blogs qui en parlent, s'effondre. Mais qu'importe ? D'autant que l'actualisation des mêmes blogs, tout comme le renouvellement des ©ollinades, fluctue lui aussi beaucoup.
Sans compter qu'avec tout ce soleil et le dévoilement du secret des peaux, c'est le moment de tomber amoureux, même si un article de Libé, l'autre semaine, tordait le cou à cette idée reçue - et c'est là qu'on voit bien que les journalistes en question, au lieu de passer leur temps sur second life, feraient bien mieux de se laisser gagner par les surprises de la premium life, par exemple le printemps du désir.

L'influence des astres
. Même si elles n'existent probablement pas, elles-ci sont moins évidentes, plus complexes, fuyantes. Aussi ne m'y aventurerai-je pas. D'aucuns, pourtant, prétendent que cela doit jouer (enfin, uniquement les vierges qui ont la lune dans le caniveau). A voir.

L'influence des élections
. Enfin, une évidence : pendant qu'on piste nos trois (jeunes) amis, après avoir éliminé les neuf autres de l'espace public, on n'écoute pas Philippe Collin. Par conséquent, on ne le google pas non plus. Et donc, on ne débarque par ici, sur cette espèce de Collin life où se vit, et se dit, à peu près tout et n'importe quoi - c'est ça qui est bien, d'ailleurs.

L'influence des ponts du mois de mai
. Là, je pourrais me lancer dans une espèce de sortie toute poujadiste sur la nécessité de remettre la France au travail au lieu de la laisser dépenser l'argent qu'elle n'a pas pendant les congés scélérats qui ponctuent le joli mois de mai. Mais au lieu de ça, je préfère insister sur la nécessité de profiter de ces longues et délicieuses journées gagnées sur le dos du grand capital pour se remettre à imaginer de bonnes émissions dominicales, à les écouter, et à les commenter. Puis à venir lire ces commentaires sur ces pages.

Voilà, cher Philippe, ce que j'avais à dire sur ces influences. Evidemment, la liste n'est pas close, et si tu voulais y ajouter ton mot à dire, je serais ravie.
Comme je le serais de toute contribution à ce modeste trafic d'influence.

A toi pour toujours,

Valentine

23 avril 2007

Résistances

Ca y est, on sait.
Bon.
On a les héros qu'on peut - à moins qu'ils soient ceux qu'on mérite ?

Non. Personne ne mérite le petit énervé.

Aussi va-t-il falloir songer à résister, et gravement, même si, c'est vrai, le ton monocorde de Ségolène est tout sauf enthousiasmant.

NB: penser à relire "Poujade et les intellectuels", de Roland Barthes, dans Mythologies. Dès que je retrouve mon exemplaire, je le mets en ligne.

22 avril 2007

Héroïsme


C'est vrai, ça : qui sera le héros du jour ?

20 avril 2007

Gourmande II

GOURMAND, ANDE, adj. et n. d'origine incertaine. 1. S'est dit longtemps pour "qui mange avec avidité". Découvrant enfin le visage de l'homme qu'elle aimait, Valentine lui lança un regard gourmand.
2. Au sens figuré, le mot signifie "avide de connaître, qui aime beaucoup". De Philippe, Valentine aurait voulu tout connaître : ses traits, ses envies, ses caresses, le goût de sa peau sous ses lèvres. A la folie, elle en était gourmande.

GOURMANDISE, n.f., dérivé de gourmand, s'est substitué à gourmandie et gourmanderie. 1. Défaut du gourmand. Malgré tout ce qu'elle lui coûtait, de temps, d'énergie, d'attention et de chagrins, Valentine ne parvenait pas à regretter la gourmandise que Philippe Collin avait fait naître en elle.
2. Signifie aussi "mets friand", surtout au pluriel. Chaque dimanche, Valentine allumait son poste de radio à 11h00, et attendait religieusement la pastille sonore qu'elle dégusterait comme une gourmandise.

Le verbe dérivé GOURMANDER a signifié "dévorer", mais ce sens a disparu. Si Valentine avait croisé Philippe ce matin-là, après une nuit passée à rêver qu'elle s'abandonnait dans ses bras, elle l'aurait gourmandé. 2. Se dit à présent pour "réprimer vivement" et "dominer ses passions". Valentine tenta de se gourmander. Rien de bon ne sortirait de cette vaine passion.

GOURDE, n.f., fruit de certains cucurbitacés (courge), et par métonymie, récipient constitué par ce fruit vidé. Au figuré, le mot signifie personne niaise et stupide. Quelle gourde ! Depuis cinq mois qu'elle lui écrivait, elle n'avait toujours reçu aucun signe de lui, et pourtant elle s'entêtait. Dérivé, GOURDASSE. Si Valentine avait tenu la gourdasse qui faisait du rentre-dedans à Philippe Collin à la Maison de la Radio, elle lui aurait arraché les yeux, histoire de lui faire comprendre sa manière de voir.

GOURDANDINE, n.f., mot d'origine dialectale, femme facile. Quoi ? Sous prétexte d'aimer, elle se comporterait comme une gourdandine ?

GOURMET, n. m., altération de groumet, valet chargé des vins, d'où, par assimilation probable à gourmand, le sens moderne de "personne qui apprécie la bonne chère". Philippe Collin ? Un gourmet. Souhaitons-lui de découvrir la finesse des mets que Valentine lui promet.


La gourmandise, détail des Sept péchés capitaux de Jérôme Bosch, Musée du Prado, Madrid, c. 1485.

15 avril 2007

Gourmande


Cher Philippe,

Je n'aime pas tellement Fragonard, mais son verrou me trouble, et me fait irrésistiblement songer à la gourmandise que tu décrivais si bien l'autre dimanche.
Alors en attendant de trouver le temps de mettre des mots sur les autres pensées fort troubles que le plus goûté des péchés suscite en moi, je te laisse admirer cette scène, et rêver aux délices de celle qu'elle précède d'à peine quelques secondes...

Bien à toi,

Valentine

13 avril 2007

Amour palimpseste



Cher Philippe,

Cinq mois que je t’écris, cinq mois que je te voue, sinon l’essentiel de mon temps, du moins ce qu’il en reste quand l’essentiel est accompli, et cinq mois que je t’attends, tantôt fiévreuse, tantôt impatiente, tantôt amusée. Ces derniers temps, c’est plutôt l’amusement qui prima, je peux bien l’avouer, et à plusieurs reprises, en relisant les mots d’accueil des pages que je te consacre, j’ai mesuré combien cet appel du coeur était éphémère, et combien il appellerait une mise à jour, comme on passerait de Windows XP à Vista.

Mais, chacun le sait bien, passer à Vista en période bêta est une grosse bêtise, et je ne vais pas me risquer à en faire autant sur ces pages. Non, je vais me contenter d’imaginer ce que je pourrais substituer à mes mots d’avant, juste pour voir si ça fonctionne. Une version test. Amoureuse 3.1, en quelque sorte :


Primo, je suis amoureuse de Philippe Collin ;
Secundo, j’ai 33 ans, or, contrairement à Alexandre, je n’ai pas encore conquis la moitié du bassin méditerranéen et soumis l’univers. Il est donc plus que temps que je fasse quelque chose;
Tertio, l’hiver approche, et il est bon de se trouver de saines occupations pour meubler les longues soirées d’hiver (voire les lits toujours un peu plus froids en cette terrible saison).
En d’autres termes, je n’aurai désormais d’autre but que de séduire celui qui m’a séduite. Aussi, j’en fais ici serment: énergie, argent, ruse, ruse féminine (variante de la précédente, en plus efficace), temps, doux babil, tout, absolument tout ce qui me constitue tendra vers la réalisation de mon destin:

EPOUSER PHILIPPE COLLIN


Jadis, si je me souviens bien, j’étais amoureuse de Philippe Collin.
A 33 ans, j’ai décidé de lui consacrer mon temps, mon énergie, ma ruse et mon doux babil, dans l’espoir insensé qu’il m’entendrait.
Cinq mois plus tard, je n’ai pas conquis mon bien-aimé, et encore moins l’univers, mais je me suis bien réveillée. J’ai banni l’ennui, proscrit la monotonie des longues soirées d’hiver, et réchauffé mon lit aux rêves que je faisais de lui.
Je me suis bien amusée.
Aujourd’hui, le printemps est là, et je ne sais quel sera mon destin à l’été : pour lui, avec lui et en lui ?

INCH'ALLAH


A toi pour toujours,

Valentine

11 avril 2007

Massilia

Cher Philippe,

La tête en vrac, et le coeur ailleurs, j'aurais bien aimé être à Marseille ce week-end : j'en aurais d'autant plus goûté ton verbe pointu. Mais comme aujourd'hui, ma flemme est au moins aussi longue que la Cannebière et aussi large que la sardine qui bloquait le Vieux Port, je vais me réfugier derrière un vieux billet que je t'avais adressé, à l'époque, de Massilia.

A toi pour toujours,

Valentine

PS : la flemme et la flamme expliquent aisément mon silence. Mais aussi mon désir de te ménager, car sinon, comment ne pas rebondir sur les propos que Jean Clair - qui, entre parenthèses, se nomme Gérard Régnier, comme tout le monde -, eut à ton égard l'autre jour, et remuer ainsi la hallebarde dans la plaie?
Ce qui, ajouté à tes circonvolutions face à Daniela Lumbroso, ferait un peu beaucoup pour les mêmes épaules... Non ?

04 avril 2007

La différence



Nos vies sont différentes, nos amis aussi. La plupart des miens s'adonnent à des activités artistiques, et s'ils n'écrivent pas de livres ou ne réalisent pas de films, s'ils travaillent par exemple dans l'édition, cela veut dire qu'ils dirigent une maison d'édition. Là où je suis, moi, copain avec le patron, elle l'est avec la standardiste. Elle fait partie, et ses amis comme elle, de la population qui prend chaque matin le métro pour aller au bureau, qui a une carte orange, des tickets-restaurant, qui envoie des cv et qui pose des congés. Je l'aime, mais je n'aime pas ses amis, je ne suis pas à l'aise dans son monde, qui est celui du salariat modeste, des gens qui disent "sur Paris" et qui partent à Marrakech avec le comité d'entreprise. J'ai bien conscience que ces jugements me jugent, et qu'ils tracent de moi un portrait déplaisant. Je ne suis pas seulement ce petit bonhomme sec, sans générosité. Je peux être ouvert aux autres, mais de plus en plus souvent je me braque, et elle m'en veut.

C'est Emmanuel Carrère qui écrit, dans Un Roman russe, ces lignes saisissantes. Bien sûr, il ne me les écrit pas à moi, pourtant, la force de son mépris s'abat sur moi, avec d'autant plus de violence que je le sens sincère : cet homme ne simule pas. Ainsi, l'auteur que j'admire les plus au monde est confit de mépris pour ma caste - enfin, ma caste : on n'appartient jamais qu'à celle qu'on veut bien reconnaître pour sienne.
Je ne monte jamais sur Paris, mais seulement parce que j'y habite ; je n'ai pas de tickets-restaurant, mais seulement parce que l'entreprise que j'honore de ma présence nous pourvoie d'une cantine, tout ce qu'il y a de plus modeste. Pour le reste, il suffit de faire un copier coller: je ne dirige pas une maison d'édition, j'y bricole des romans érotiques. Je pose des congés, envoie des CV, et pars à Marrakech pour l'Ascension (toujours pour l'Ascension, les voyages du comité d'entreprise, il aurait pu le rajouter).
Ainsi, chacun des traits que Carrère relève impitoyablement fait mouche, pourtant cela ne réussit pas à me verser à la caste des intouchables, comme on verserait une pièce au dossier.
Et puis, dans le roman, il l'aime, Carrère, sa différente. D'une passion sans commune mesure avec le bonheur insipide qu'il ressent pour sa pareille, à la fin. C'est pourquoi, cher Philippe, je ne peux que t'espérer différent. Peut-être pas de la caste de ceux qui se perdent d'orgueil, mais de celle des vrais seigneurs, sûrement.

A toi pour toujours,

Valentine

31 mars 2007

Comme un rêve de pierre

Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin, où s'ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient. Un soir, j'ai assis la beauté sur mes genoux. Et je l'ai trouvée amère. Et je l'ai injuriée.

Ce sont les premiers mots d'Une Saison en enfer, et après cela, il ne reste plus grand chose à écrire. Mais comme je ne suis pas femme, et encore moins amoureuse, à renoncer à la première difficulté, je vais néanmoins m'y employer, et nourrir à nouveau ces pages que j'hésitais dernièrement à poursuivre. Car vois-tu, cher Philippe, avec la laideur, tu m'offres un sujet de choix.
Qu'est-ce qui est laid?
Est-ce que la jeune fille qui danse avec la mort, dans le dessin de Munch que j'ai choisi aujourd'hui, c'est laid?
Au moins s'aiment-ils.
Car oui, Philippe, la laideur, c'est aussi aimer et n'avoir que le silence en retour. Mais c'est une bien petite laideur, ça, une laideur quotidienne, qui ne compte presque pas, et dont je ne m'offusquerai pas trop longtemps - même si l'idée, soufflée par un commentateur que je remercie, de voir fleurir un blog philippecollinestungougeat pour te rendre la monnaie de ton silence me remplit d'une immense joie. On pourrait boucler la boucle en suggérant philippecollinestlaid, d'ailleurs, tu en fis toi-même la démonstration hier, même si je te soupçonne d'avoir voulu par là réfréner les ardeurs de tes admiratrices les plus assidues.
Alors oui, cher Philippe, quand tu te laisses aller à d'aussi grossiers pièges, et quand tu ne viens pas, tu es très laid, en effet.
Mais d'autres choses le sont bien plus : Luc Ferry me réveillant en déblatérant avec suffisance ce matin, c'était laid.
Sarkozy qui pense à la présidence en se rasant, et qui se réclame de Blum et de Jaurès, ça aussi, c'était laid - à la différence de Ségolène Royal appelant les Français à fleurir leurs intérieurs et leurs façade de drapeaux tricolores, ce qui était juste très crétin.
Enfin l'organisation d'une émeute orchestrée par la police à Gare du Nord, à moins de trois semaines du premier tour, voilà qui était très, très très laid.
Tu le vois, les objets de laideur ne manquent pas, malheureusement. Pourtant, je peine à en trouver d'autres, ou n'ai pas très envie de le faire, parce qu'en ce moment, vois-tu, c'est plutôt la beauté qui a pris possession de mon esprit, et qui me fait vivre avec une intensité que je n'avais pas ressentie depuis longtemps. Aussi vais-je m'empresser de retourner à ces beautés, en me permettant, avant cela, de t'aiguiller sur la première d'entre elle, que j'ai eu la chance d'admirer vendredi soir, et dont je ne me remettrai peut-être jamais :
c'était au bois de Boulogne, c'était aérien, c'était lumineux, c'était la preuve que les anges existent et que les hommes peuvent voler, c'était magique, et c'était tout sauf laid. C'était Ola Kala, des Arts Sauts.


A toi pour toujours,


Valentine

29 mars 2007

L'heur de te plaire


Cher Philippe,

Difficile d'être plus clair : je cesserai donc là cette histoire qui n'a pas l'heur de te plaire. C'est dommage, j'imaginais déjà Léo Malet croisant Racine au détour des épisodes 4 & 5, mais qu'importe.
Il ne me reste plus qu'à trouver autre chose - et ce ne sont pas les sujets qui manquent: que faisais-tu au salon du livre ? Nous y sommes-nous rencontrés sans le savoir ? Pourquoi Philippe Labro a-t-il décidé d'avouer à la face du monde qu'il est Stéphanie - l'auteur des Cornichons au chocolat, un bouquin dont les pages ont dû finir par tomber en poussière tant je les ai lues et relues entre douze et treize ans - aveu qui m'a plongée dans un abîme de désespoir ? Pourquoi des gens de gauche décident de voter pour un homme de droite au premier tour pour barrer la route à la droite au second (j'ai beau tourner et retourner l'équation dans ma tête, certes fort peu mathématique, je reste perplexe) ?
Bref, tu le vois, on ne va pas s'ennuyer, mais il va falloir attendre un peu, parce que je dois malheureusement aller rejoindre l'entreprise qui me sert d'alibi social. Mais c'est promis, un jour je t'en dirai plus sur mes curieuses activités au sein de cette curieuse entreprise, où l'une de mes principales fonctions et occupations consiste à lire, et à écrire, des romans érotiques...

A toi pour toujours,

Valentine

26 mars 2007

En-quête

Cher Philippe,

Je sais depuis hier que nous avons en commun le goût des énigmes policières, qui vient s'ajouter à celui du jeu que nous partageons aussi. Aussi me proposai-je de te conduire dans une enquête un peu particulière, en cinq étapes, à la manière de.
Ramenée à sa plus simple épure, l'aventure pourrait se résumer ainsi :

1. Valentine aime Philippe et décide de le poursuivre de ses assiduités.
2. Malgré des lettres quotidiennes, des coups de téléphone nocturnes et des filatures, Philippe ne la remarque pas. Changeant de tactique, Valentine décide de kidnapper Anne, la stagiaire de la Panique au Mangin Palace, et se présente comme stagiaire auprès de Philippe.

3. Quoique charmé par cette nouvelle recrue, Philippe s’inquiète de la disparition d’Anne, et contacte au bout de trois jours le commissaire du quartier. Ce dernier vient enquêter incognito et découvre assez vite le pot aux roses. Ayant réuni les preuves de la culpabilité de Valentine, il débarque à l’improviste à la Maison de la Radio, afin de confondre la jeune femme.
4. L’hôtesse d’accueil tente de lui interdire l’accès au bureau de Philippe, au motif que ce dernier est en réunion. Passant outre, le commissaire fait irruption dans le bureau de Philippe, et le découvre en train de faire l’amour à Valentine. Sans perdre son sang-froid, le commissaire dévoile à Philippe le nom de la coupable, et lui annonce par ailleurs que ses services ont retrouvé Anne.
5. Déchiré entre l’indignation et sa passion naissante pour Valentine, Philippe finit par lui pardonner, et lui propose, quelques temps plus tard, de l’épouser.


A présent, voici ce que donnerait le premier épisode :

Première partie.

Le 25 mars 2007, vers onze heures, le radio-réveil, qui trônait sur la petite table de bois bleu faisant office de chevet à la tête du lit, se mit à grésiller, crachoter, puis le son de la station emplit la pièce.
Une voix féminine s’éleva, énuméra les titres du journal et se lança dans une litanie longue et monocorde. On avait publié des sondages qui divisaient les spécialistes, et les élections qui approchaient avaient toutes les chances de se jouer dans un mouchoir de poche, ce qui, au dire des mêmes spécialistes, ne laissait rien augurer de bon. A Paris, les syndicats appelaient à une grande manifestation pour le lendemain, afin de protester contre la garde à vue abusive dont avait été victime, l’avant-veille, la directrice d’une école maternelle. Dans la même ville, les supporteurs du club de football local se désolaient de voir leurs joueurs s’enfoncer dans la zone de relégation, tandis qu’à l’échelle du pays, tous les amateurs de sport saluaient la victoire de l’équipe nationale. Les mêmes se félicitaient des excellents résultats de la jeune championne de natation qui faisait, depuis quelques temps déjà, la fierté de la nation.
Enfin, le journal cessa ; et la voix féminine, soudain plus enjouée, plus malicieuse, annonça l’émission suivante et céda l’antenne à l’animateur de la Panique au Mangin Palace.
Une jeune femme de trente-trois ans, à longs cheveux et qui sortait à peine des brumes du sommeil, restait immobile dans le lit, pelotonnée sous la couette qui lui apportait encore la douceur de la nuit. Les yeux mi-clos, elle se laissait bercer par le générique d’une émission qu’elle connaissait ; puis elle reconnut l’inflexion de la voix qu’elle chérissait, le cérémonial sonore dont elle anticipait le déroulement, les mots qu’elle savait par cœur ; et bientôt, la musique s’évanouissant, elle laissa échapper un petit gémissement de contentement.
Mademoiselle Valentine, nouvellement célibataire, profitait des derniers instants précieux de la matinée avant d’aller affronter le cours du long dimanche, où elle devait se languir tout le jour. Son fiancé, avec la cruauté de ceux qui n’aiment pas, lui avait signifié son congé ; elle avait cessé d’en pleurer la veille seulement, bien que l’événement remontât à plusieurs semaines, et elle se dédommageait de n’être plus aimée en se laissant bercer par la voix de celui qu’elle imaginait aimable.
Philippe.
Valentine pensait aux mots tendres qu’il lui dirait, aux caresses qu’ils échangeraient, au bonheur de vivre à ses cotés, à l’amour qu’ils feraient ensemble. Elle se rappelait la première fois qu’elle l’avait entendu. Ça avait été comme une révélation. Il avait une voix chaleureuse, avec des accents parfois un peu plus vifs qui relevaient le rythme de ses phrases. Son débit rapide, s’accélérant puis ralentissant soudain avant de repartir de plus belle, séduisait l’esprit et semblait défier aimablement l’oreille de ses auditeurs. Son humeur joyeuse, égale, rehaussée d’un éclat espiègle, se communiquait à qui l’écoutait.
Jamais elle n’avait entendu cette vivacité de son esprit agile, la liberté de son ton, ni cet allant de propos qui sonnaient toujours justes. Elle recevait son discours avec religion, comme quelque chose d’extraordinaire. Aimait-il ? Quels étaient ses goûts, sa vie, son passé ? Elle souhaitait connaître les traits de son visage, l’éclat de ses yeux, toutes les expressions qu’il prenait pendant l’amour, les vêtements qu’il portait, les draps dans lesquels il dormait, les amis qu’il comptait ; et le désir de le toucher même s’effaçait devant une faim plus impérieuse, dans une curiosité douloureuse qui n’avait pas de limites.
Une virgule sonore signala la fin de l’émission, la voix bien-aimée fit entendre ses dernières notes. La journée continuait, on se retrouverait dimanche prochain, et d’ici là, il ne fallait rien lâcher. Et Valentine se réjouit d’entendre ces mots, comme s’ils n’avaient été adressés qu’à elle. Puis elle songea qu’il faudrait attendre sept longs jours avant de retrouver pareille félicité, qu’elle se condamnait à se consumer d’un vain amour pour un homme qu’elle ne reconnaîtrait pas si elle le rencontrait, qu’elle s’apprêtait à sacrifier le tout de sa vie à celui auquel elle ne laisserait même pas un souvenir.
L’heure était à la gravité. Comment obtenir qu’il la vît ? Et elle n’imagina rien de mieux que de lui écrire.

Fin de la première partie.


Voilà, cher Philippe, il ne tient plus qu'à toi, et à ceux qui me liront, que je dévoile la suite de cette aventure, et que je livre le secret du puzzle qui n'en est pour l'instant qu'à la première pièce. Et sois assuré que toute suggestion sur la meilleure manière de faire sera la bienvenue.

A toi pour toujours,

Valentine

19 mars 2007

In love with...


Cher Philippe,

Je suis peinée, tu t'en doutes, de ton silence : j'espérais qu'après mon dernier billet, tu profiterais de mes vacances pour me laisser enfin un mot, un signe, mais une fois de plus, rien. Pourtant, tu aurais pu me m'écrire tant de choses ! Par exemple, proposer de me rencontrer dans un lieu cosy et discret afin de m'expliquer, au creux de l'oreille, pourquoi l'émission un rien coquine que je te suggérais de faire l'autre dimanche n'était pas tout à fait réalisable sur une antenne du service public... Tu aurais pu aussi me laisser quelques mots qui auraient dit ta curiosité à mon égard, ou tout autre sentiment, fût-il désagréable à entendre. Tu aurais pu encore, d'une seule parole, me guérir de toi en me faisant comprendre que je n'étais pas digne de te recevoir. Tu aurais pu enfin m'intimer l'ordre d'arrêter de babiller à tort et à travers, de te foutre la paix une fois pour toutes et de te laisser faire ton travail, y'en a qui bossent, merde.
Mais non.
Alors voilà, il faut que tu le saches, je vais peut-être finir par tomber amoureuse de quelqu'un d'autre. Après tout, d'autres que toi me lisent, et me répondent, eux, ce qui me réjouit. Qui sait si certains d'entre eux ne seraient pas ravis de susurrer quelques mots au creux de mon oreille ? A moins que je ne m'entiche d'un autre Valentin...
Dans les deux cas, ce serait terrible, puisque non seulement je ne serais plus amoureuse de toi - et nulle inconnue ne te consacrera plus son temps, son énergie, et tout ce qui la constitue-, mais surtout, ces pages se transformeraient en temple de mon nouvel amoureux, qui profiterait de facto de ta notoriété... Imagine, on taperait "Philippe Collin" sur Google, on serait dirigé sur cette page, et la première chose qu'on y lirait, ce serait :

Je suis amoureuse de Nicolas Demorand.

Bon, d'accord, ce n'est qu'un exemple, et un clin d'oeil, mais fais quand même gaffe....

A toi pour toujours (mais peut-être plus pour très longtemps),

Valentine


La photo qui illustre ce billet est d'Hervé Guibert

09 mars 2007

Pour le plaisir


Cher Philippe.


Figure-toi que le sort, et l’ironie qui le caractérise, a décidé que je ne serai pas là pour t’entendre ce dimanche, alors que je tire des plans sur cette comète depuis maintenant presque 6 semaines. Mais voilà, dimanche, je serai à Prague, et n’aurai aucun moyen de savoir si, comme je l’espère, tu as choisi de consacrer cette émission au thème qui s’imposait.
Alors, comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, voici la soixante-neuvième émission par laquelle j’aurais aimé être réveillée.


A priori, nous serions ce matin le dimanche 11 mars 2007, 11h06, bonjour à toi, l’ami. Cette semaine, dans Panique au Mangin Palace, tu es bombasse, tu es Geisha, tu es brouette thaïlandaise, tu es sex-toy ou danse des sept voiles, et tu es aussi Sylvia Christel. Oui tu l’auras compris l’ami, ce matin tu es érotisme, et tu pars à la recherche du plaisir.
A l’heure où, comme chaque année, la journée de la femme a été l’occasion de rappeler que parmi ses droits fondamentaux figurait, et en bonne place, le droit au plaisir, et à l’heure où le magazine
Elle titre « Sexe : ce que veulent les hommes », la Panique au Mangin Palace a décidé ce matin, pendant 53 minutes, d’explorer les multiples facettes du désir. Donc, dans l’heure qui vient, nous allons tenter de te raconter une histoire illustrée, mais toujours décalée, celle du plaisir, et des moyens d’y parvenir.
Pour commencer, de Marie-Madeleine à Lady Chatterley, en passant par Justine et Juliette, il faut retracer l’histoire des belles pécheresses dont les gémissements ont marqué l’imaginaire de tous les garçons et les filles de nos âges.
Ensuite, nous essayerons durant quelques minutes de te décrire les secrets d’un orgasme réussi, et nous te ferons entendre quelques unes des scènes les plus sensuelles de la littérature et du cinéma. On enchaînera d’ailleurs sur une petite surprise de Gérard Depardieu, qui viendra te raconter les secrets du tournage des
Valseuses.
Et puis, dans la foulée, nous te dévoilerons par quel procédé tenu secret Nicolas Sarkozy a réussi à piquer sa jeune et jolie femme au pauvre Jacques Martin, et comment François Hollande s’y est pris pour mériter sa réputation de premier séducteur du PS.
Et enfin te raconter ce qu’ont vécu Monique et JC, après avoir accepté de retrouver des amis aux
Chandelles, un des hauts lieux de la nuit parisienne, et comment Jean-Claude a eu la surprise de sa vie en découvrant la nature de ce club pas tout à fait comme les autres.
Une seule mission, tenter de chahuter tes zygomatiques. On est dimanche matin, on est bien, et le décollage est imminent. Allez, c’est parti, c’est la
Panique au Mangin Palace, alors bien sûr, monte le son, et bonne bourre !

Là, on entendrait l’inoubliable Tout doucement, puis tu enchaînerais par une ©ollinade dont toi seul as le secret :


Tout doucement, c’est ce que chantait Bibie en 1985, et ce que des milliers de jeunes femmes ne cessent de répéter au creux de l’oreille de leurs amants, si bien que les préliminaires interminables, c’est pour qui, hein ? C’est pour bibi.


Comme je ne peux que fantasmer le corps de cette émission idéale, je me contenterai de t'en dévoiler ici quelques images suggestives:




Enfin, il serait 11h57, et l'émission toucherait à son terme:


Alors, nous voici donc arrivés au terme de notre voyage à travers l’érotisme. De l’art de rendre fou un homme aux mille subtilités sensuelles du Kama-Sutra, en passant par les secrets d’une pipe au miel réussie, nous t’avons dressé un panorama subjectif et incomplet des joies du sexe.
Alors pour résumer, c’est quoi, le plaisir ?
C’est bien sûr quand, après que les lentes et exquises caresses de ton partenaire ont enflammé chacun de tes sens, ivre de désir, haletant, tu te confonds enfin à son corps brûlant, et que le rythme délicieux qui s’imprime alors à vos deux corps enlacés te donne soudain le sentiment qu’un feu d’artifice éclate en toi, d’une force inouïe, te renversant d’un plaisir dont tu ne soupçonnais même pas l’existence.
Mais c’est aussi quand, vers la mi avril en général, installé à la terrasse d’un café, tu deviens comme fou, tous tes sens subitement en alerte au spectacle d’un incessant ballet de jupes virevoltantes révélant juste ce qu’il faut de jambes fines et dorées, et que tu prends soudain conscience que, cette fois ça y est, c’est le printemps.
Et pour finir, mon ami, le plaisir, c’est glisser un orteil hors du lit, courir ouvrir les volets afin de laisser entrer le soleil dominical dans ta chambre encore embrumée des passions de la nuit, et revenir, frissonnante, te pelotonner sous la chaleur de la couette pour jouir, sans entraves, de l’inflexion d’une voix chère, en rêvant qu’elle ne se taise jamais.
Voilà, fin du
soixante-neuvième épisode, fin de l’orgasme.


A toi pour toujours,


Valentine