16 mai 2007

Méditations



Cher Philippe,

Demain, ce n'est pas au Crillon que je m'adonnerai à mon vice favori, mais à la Mamounia, le palace de Marrakech, car, oui, fidèle à ma caste, je pars à Marrakech à l'Ascension - célébrer la fête christique dans une mosquée me paraissant une excellente idée pour chasser la morosité que l'on sait.
Pendant que je peaufinerai mon teint et mes talents de négociatrice au Souk, je te laisse méditer (sur un yacht, ou non, ce sera à ta convenance - on a les méditations que l'on peut) sur cette histoire qu'Emmanuel Carrère met dans la bouche de Philip K. Dick dans la biographie qu'il consacre à ce fou génial (lui), histoire sur laquelle on pourrait méditer des heures :

C'est une maîtresse de maison qui reçoit à dîner et elle a posé une superbe entrecôte de cinq livres sur le buffet de la cuisine. Quand les invités arrivent, elle bavarde avec eux dans le salon, ils prennent un martini ou deux, puis elle s'excuse, file dans la cuisine pour aller préparer l'entrecôte... et s'aperçoit qu'elle a disparu. Qui voit-elle alors dans un coin, en train de se pourlécher tranquillement les babines? Le chat de la maison. [...] Les invités accourent. Ils discutent. Les cinq livres d'entrecôte se sont volatilisées et le chat a l'air parfaitement satisfait et repu. "Pesons le chat", suggère quelqu'un. Ils ont tous un peu bu et l'idée leur paraît excellente. Ils vont dans la salle de bains, placent le chat sur la bascule. Il pèse cinq livres. Tout le monde se presse autour de la bascule. Un invité dit "C'est bien ça, le compte y est". Ils sont certains de savoir ce qui s'est passé, maintenant qu'ils ont une preuve concrète. C'est alors qu'un autre invité, pris de scrupules, demande : "Mais où est le chat?"


A toi pour toujours,

Valentine

Emmanuel Carrère, Je suis vivant et vous êtes morts, Editions du Seuil

14 mai 2007

Se lever tôt, mais à quelle heure?


Cher Philippe,

Parmi les questions qui me tarabustent depuis quelques semaines, outre l'issue de notre passion qui me semble parfois aussi improbable que l'élection de Ségolène Royal, il y a celle de la France qui se lève tôt. Car, vois-tu, comme on ne nous dit jamais l'heure à laquelle il conviendrait de se lever pour être de bons Français, je suis en quelque sorte rongée par un insidieux sentiment de culpabilité : et si je ne me levais pas assez tôt ?
Curieusement, alors que je travaille, et souvent plus, même, je ne peux m'empêcher de me sentir visée par cette désignation qui me rejette à la marge. Comme si cette formule n'était qu'une vaste entreprise d'exclusion culpabilisante. Une de plus ? Exclure plus, pour contrôler plus ?
Mais voyons un peu, cher Philippe, comment fonctionne cette propagande bien ordonnée, qui, comme chacun sait, commence par soi-même.
A part les boulangers ou les gens qui travaillent de nuit, qui se lève tôt, sinon les perdants du système, ceux qui doivent se fader des heures et des heures de transport parce qu'ils n'ont pas les moyens de vivre près de leur lieu de travail ? S'ils se lèvent tôt, c'est parce qu'ils travaillent dans des conditions qui ne leur permettent plus de vivre correctement, et de travailler correctement. Autrement dit, les heures non dormies par ceux qui se lèvent tôt, ou non utilisées à vivre, ce ne sont pas des heures de travail, ce sont des heures de galère et de précarité. CQFD.
Moi, je travaille. Je me lève donc pour aller travailler. Je mets un réveil. A 7h53. Je ne perds pas trois heures dans les transports. Et quand je sors du travail, ma journée n'est pas morte - vu qu'au cas où certains l'auraient oublié, la journée de 12 heures de travail, ça fait longtemps qu'elle est illégale en France, heure sup défiscalisée ou non. Et donc, moi, avec le temps qui me reste, je lis, je sors, je te déclare ma flamme, bref, en un mot, je vis.
Alors, si la bonne heure pour se lever, en langage sarkosyste, c'est celle qui permet d'accomplir ce travail, d'où me vient ce sentiment que lorsque le nain furieux parle de la France qui se lève tôt, je n'en fais pas partie ? Que j'appartiens à l'autre côté, celui des feignasses, des assistés, des profiteurs et des parasites de la société dont il aimerait tant nous débarasser ? Peut-être parce que la France qui se lève tôt, cette France rêvée et cauchemardesque, ce serait une France peuplée de gens dont chaque minute, même perdue - surtout perdue, à ramer dans les transports par exemple - devrait être consacrée au travail. A la valeur travail. Pour que cela ne nous laisse surtout pas un instant pour vivre, penser, aimer.

Perspective réjouissante s'il en est.

Pourtant, malgré toute la désespérance dont ce constat m'accable, je te le promets, cher Philippe, pour préserver le temps que je passe à t'aimer, je suis prête à me lever tôt - bien plus tôt. Et, oui, même le dimanche, malgré ce que j'ai pu en dire parfois, quand toi-même te lèves tôt afin de travailler à nous concocter de riants réveils.

A toi pour toujours,

Valentine


PS : J'ai fait un rêve étrange cette nuit... D'un côté, Victor Hugo, Eugène Sue, François Mitterrand. De l'autre, Eric Besson, Jacques Chirac, Claude Allègre. Tu devines le rapport?


11 mai 2007

Des bas


Le brouillon de Sarkozy lors du débat du 2 mai


Bout de l'an


Cher Philippe,

Le bout de l'an, avant, c'était le moment où, après un an de deuil, on pouvait enfin quitter les habits sombres et revenir à la vraie vie - celle où l'on peut sourire, rire, aimer, sans être la cible des défenseurs de la morale des autres.
Alors, comme depuis dimanche dernier le deuil risque de durer cinq ans, autant décider de le rompre dès aujourd'hui, histoire de ne pas ajouter la morosité à la désespérance.
Dont acte : dire et dire encore la passion qui m'anime, n'est-ce pas la meilleure forme de résistance au carcan de plomb qui nous menace? Pour ma part, j'en suis intimement convaincue.

A toi pour toujours,

Valentine

29 avril 2007

On n'est pas sérieux quand on a 17 ans


Cher Philippe,

Si j'étais adolescente, je créerais un blog sur lequel je te déclarerais ma flamme à chaque instant.

A toi pour toujours,

Valentine.

26 avril 2007

Influences

Cher Philippe,

Rarement printemps n'aura autant été sous influences.

L'influence du temps, pour commencer, même si cela me peine un peu d'aborder ici un chapitre météorologique qu'on réserve d'habitude à ceux à qui on n'a rien à dire. Pourtant, force est de constater que depuis quelques semaines, le roi des astres nous comble, et du coup, nous passons le plus clair de notre temps à exposer à ses regards nos corps engourdis par un trop long hiver. Fort bien, fort bien, mais en attendant, la fréquentation des radios, et des blogs qui en parlent, s'effondre. Mais qu'importe ? D'autant que l'actualisation des mêmes blogs, tout comme le renouvellement des ©ollinades, fluctue lui aussi beaucoup.
Sans compter qu'avec tout ce soleil et le dévoilement du secret des peaux, c'est le moment de tomber amoureux, même si un article de Libé, l'autre semaine, tordait le cou à cette idée reçue - et c'est là qu'on voit bien que les journalistes en question, au lieu de passer leur temps sur second life, feraient bien mieux de se laisser gagner par les surprises de la premium life, par exemple le printemps du désir.

L'influence des astres
. Même si elles n'existent probablement pas, elles-ci sont moins évidentes, plus complexes, fuyantes. Aussi ne m'y aventurerai-je pas. D'aucuns, pourtant, prétendent que cela doit jouer (enfin, uniquement les vierges qui ont la lune dans le caniveau). A voir.

L'influence des élections
. Enfin, une évidence : pendant qu'on piste nos trois (jeunes) amis, après avoir éliminé les neuf autres de l'espace public, on n'écoute pas Philippe Collin. Par conséquent, on ne le google pas non plus. Et donc, on ne débarque par ici, sur cette espèce de Collin life où se vit, et se dit, à peu près tout et n'importe quoi - c'est ça qui est bien, d'ailleurs.

L'influence des ponts du mois de mai
. Là, je pourrais me lancer dans une espèce de sortie toute poujadiste sur la nécessité de remettre la France au travail au lieu de la laisser dépenser l'argent qu'elle n'a pas pendant les congés scélérats qui ponctuent le joli mois de mai. Mais au lieu de ça, je préfère insister sur la nécessité de profiter de ces longues et délicieuses journées gagnées sur le dos du grand capital pour se remettre à imaginer de bonnes émissions dominicales, à les écouter, et à les commenter. Puis à venir lire ces commentaires sur ces pages.

Voilà, cher Philippe, ce que j'avais à dire sur ces influences. Evidemment, la liste n'est pas close, et si tu voulais y ajouter ton mot à dire, je serais ravie.
Comme je le serais de toute contribution à ce modeste trafic d'influence.

A toi pour toujours,

Valentine

23 avril 2007

Résistances

Ca y est, on sait.
Bon.
On a les héros qu'on peut - à moins qu'ils soient ceux qu'on mérite ?

Non. Personne ne mérite le petit énervé.

Aussi va-t-il falloir songer à résister, et gravement, même si, c'est vrai, le ton monocorde de Ségolène est tout sauf enthousiasmant.

NB: penser à relire "Poujade et les intellectuels", de Roland Barthes, dans Mythologies. Dès que je retrouve mon exemplaire, je le mets en ligne.

22 avril 2007

Héroïsme


C'est vrai, ça : qui sera le héros du jour ?

20 avril 2007

Gourmande II

GOURMAND, ANDE, adj. et n. d'origine incertaine. 1. S'est dit longtemps pour "qui mange avec avidité". Découvrant enfin le visage de l'homme qu'elle aimait, Valentine lui lança un regard gourmand.
2. Au sens figuré, le mot signifie "avide de connaître, qui aime beaucoup". De Philippe, Valentine aurait voulu tout connaître : ses traits, ses envies, ses caresses, le goût de sa peau sous ses lèvres. A la folie, elle en était gourmande.

GOURMANDISE, n.f., dérivé de gourmand, s'est substitué à gourmandie et gourmanderie. 1. Défaut du gourmand. Malgré tout ce qu'elle lui coûtait, de temps, d'énergie, d'attention et de chagrins, Valentine ne parvenait pas à regretter la gourmandise que Philippe Collin avait fait naître en elle.
2. Signifie aussi "mets friand", surtout au pluriel. Chaque dimanche, Valentine allumait son poste de radio à 11h00, et attendait religieusement la pastille sonore qu'elle dégusterait comme une gourmandise.

Le verbe dérivé GOURMANDER a signifié "dévorer", mais ce sens a disparu. Si Valentine avait croisé Philippe ce matin-là, après une nuit passée à rêver qu'elle s'abandonnait dans ses bras, elle l'aurait gourmandé. 2. Se dit à présent pour "réprimer vivement" et "dominer ses passions". Valentine tenta de se gourmander. Rien de bon ne sortirait de cette vaine passion.

GOURDE, n.f., fruit de certains cucurbitacés (courge), et par métonymie, récipient constitué par ce fruit vidé. Au figuré, le mot signifie personne niaise et stupide. Quelle gourde ! Depuis cinq mois qu'elle lui écrivait, elle n'avait toujours reçu aucun signe de lui, et pourtant elle s'entêtait. Dérivé, GOURDASSE. Si Valentine avait tenu la gourdasse qui faisait du rentre-dedans à Philippe Collin à la Maison de la Radio, elle lui aurait arraché les yeux, histoire de lui faire comprendre sa manière de voir.

GOURDANDINE, n.f., mot d'origine dialectale, femme facile. Quoi ? Sous prétexte d'aimer, elle se comporterait comme une gourdandine ?

GOURMET, n. m., altération de groumet, valet chargé des vins, d'où, par assimilation probable à gourmand, le sens moderne de "personne qui apprécie la bonne chère". Philippe Collin ? Un gourmet. Souhaitons-lui de découvrir la finesse des mets que Valentine lui promet.


La gourmandise, détail des Sept péchés capitaux de Jérôme Bosch, Musée du Prado, Madrid, c. 1485.

15 avril 2007

Gourmande


Cher Philippe,

Je n'aime pas tellement Fragonard, mais son verrou me trouble, et me fait irrésistiblement songer à la gourmandise que tu décrivais si bien l'autre dimanche.
Alors en attendant de trouver le temps de mettre des mots sur les autres pensées fort troubles que le plus goûté des péchés suscite en moi, je te laisse admirer cette scène, et rêver aux délices de celle qu'elle précède d'à peine quelques secondes...

Bien à toi,

Valentine

13 avril 2007

Amour palimpseste



Cher Philippe,

Cinq mois que je t’écris, cinq mois que je te voue, sinon l’essentiel de mon temps, du moins ce qu’il en reste quand l’essentiel est accompli, et cinq mois que je t’attends, tantôt fiévreuse, tantôt impatiente, tantôt amusée. Ces derniers temps, c’est plutôt l’amusement qui prima, je peux bien l’avouer, et à plusieurs reprises, en relisant les mots d’accueil des pages que je te consacre, j’ai mesuré combien cet appel du coeur était éphémère, et combien il appellerait une mise à jour, comme on passerait de Windows XP à Vista.

Mais, chacun le sait bien, passer à Vista en période bêta est une grosse bêtise, et je ne vais pas me risquer à en faire autant sur ces pages. Non, je vais me contenter d’imaginer ce que je pourrais substituer à mes mots d’avant, juste pour voir si ça fonctionne. Une version test. Amoureuse 3.1, en quelque sorte :


Primo, je suis amoureuse de Philippe Collin ;
Secundo, j’ai 33 ans, or, contrairement à Alexandre, je n’ai pas encore conquis la moitié du bassin méditerranéen et soumis l’univers. Il est donc plus que temps que je fasse quelque chose;
Tertio, l’hiver approche, et il est bon de se trouver de saines occupations pour meubler les longues soirées d’hiver (voire les lits toujours un peu plus froids en cette terrible saison).
En d’autres termes, je n’aurai désormais d’autre but que de séduire celui qui m’a séduite. Aussi, j’en fais ici serment: énergie, argent, ruse, ruse féminine (variante de la précédente, en plus efficace), temps, doux babil, tout, absolument tout ce qui me constitue tendra vers la réalisation de mon destin:

EPOUSER PHILIPPE COLLIN


Jadis, si je me souviens bien, j’étais amoureuse de Philippe Collin.
A 33 ans, j’ai décidé de lui consacrer mon temps, mon énergie, ma ruse et mon doux babil, dans l’espoir insensé qu’il m’entendrait.
Cinq mois plus tard, je n’ai pas conquis mon bien-aimé, et encore moins l’univers, mais je me suis bien réveillée. J’ai banni l’ennui, proscrit la monotonie des longues soirées d’hiver, et réchauffé mon lit aux rêves que je faisais de lui.
Je me suis bien amusée.
Aujourd’hui, le printemps est là, et je ne sais quel sera mon destin à l’été : pour lui, avec lui et en lui ?

INCH'ALLAH


A toi pour toujours,

Valentine

11 avril 2007

Massilia

Cher Philippe,

La tête en vrac, et le coeur ailleurs, j'aurais bien aimé être à Marseille ce week-end : j'en aurais d'autant plus goûté ton verbe pointu. Mais comme aujourd'hui, ma flemme est au moins aussi longue que la Cannebière et aussi large que la sardine qui bloquait le Vieux Port, je vais me réfugier derrière un vieux billet que je t'avais adressé, à l'époque, de Massilia.

A toi pour toujours,

Valentine

PS : la flemme et la flamme expliquent aisément mon silence. Mais aussi mon désir de te ménager, car sinon, comment ne pas rebondir sur les propos que Jean Clair - qui, entre parenthèses, se nomme Gérard Régnier, comme tout le monde -, eut à ton égard l'autre jour, et remuer ainsi la hallebarde dans la plaie?
Ce qui, ajouté à tes circonvolutions face à Daniela Lumbroso, ferait un peu beaucoup pour les mêmes épaules... Non ?

04 avril 2007

La différence



Nos vies sont différentes, nos amis aussi. La plupart des miens s'adonnent à des activités artistiques, et s'ils n'écrivent pas de livres ou ne réalisent pas de films, s'ils travaillent par exemple dans l'édition, cela veut dire qu'ils dirigent une maison d'édition. Là où je suis, moi, copain avec le patron, elle l'est avec la standardiste. Elle fait partie, et ses amis comme elle, de la population qui prend chaque matin le métro pour aller au bureau, qui a une carte orange, des tickets-restaurant, qui envoie des cv et qui pose des congés. Je l'aime, mais je n'aime pas ses amis, je ne suis pas à l'aise dans son monde, qui est celui du salariat modeste, des gens qui disent "sur Paris" et qui partent à Marrakech avec le comité d'entreprise. J'ai bien conscience que ces jugements me jugent, et qu'ils tracent de moi un portrait déplaisant. Je ne suis pas seulement ce petit bonhomme sec, sans générosité. Je peux être ouvert aux autres, mais de plus en plus souvent je me braque, et elle m'en veut.

C'est Emmanuel Carrère qui écrit, dans Un Roman russe, ces lignes saisissantes. Bien sûr, il ne me les écrit pas à moi, pourtant, la force de son mépris s'abat sur moi, avec d'autant plus de violence que je le sens sincère : cet homme ne simule pas. Ainsi, l'auteur que j'admire les plus au monde est confit de mépris pour ma caste - enfin, ma caste : on n'appartient jamais qu'à celle qu'on veut bien reconnaître pour sienne.
Je ne monte jamais sur Paris, mais seulement parce que j'y habite ; je n'ai pas de tickets-restaurant, mais seulement parce que l'entreprise que j'honore de ma présence nous pourvoie d'une cantine, tout ce qu'il y a de plus modeste. Pour le reste, il suffit de faire un copier coller: je ne dirige pas une maison d'édition, j'y bricole des romans érotiques. Je pose des congés, envoie des CV, et pars à Marrakech pour l'Ascension (toujours pour l'Ascension, les voyages du comité d'entreprise, il aurait pu le rajouter).
Ainsi, chacun des traits que Carrère relève impitoyablement fait mouche, pourtant cela ne réussit pas à me verser à la caste des intouchables, comme on verserait une pièce au dossier.
Et puis, dans le roman, il l'aime, Carrère, sa différente. D'une passion sans commune mesure avec le bonheur insipide qu'il ressent pour sa pareille, à la fin. C'est pourquoi, cher Philippe, je ne peux que t'espérer différent. Peut-être pas de la caste de ceux qui se perdent d'orgueil, mais de celle des vrais seigneurs, sûrement.

A toi pour toujours,

Valentine

31 mars 2007

Comme un rêve de pierre

Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin, où s'ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient. Un soir, j'ai assis la beauté sur mes genoux. Et je l'ai trouvée amère. Et je l'ai injuriée.

Ce sont les premiers mots d'Une Saison en enfer, et après cela, il ne reste plus grand chose à écrire. Mais comme je ne suis pas femme, et encore moins amoureuse, à renoncer à la première difficulté, je vais néanmoins m'y employer, et nourrir à nouveau ces pages que j'hésitais dernièrement à poursuivre. Car vois-tu, cher Philippe, avec la laideur, tu m'offres un sujet de choix.
Qu'est-ce qui est laid?
Est-ce que la jeune fille qui danse avec la mort, dans le dessin de Munch que j'ai choisi aujourd'hui, c'est laid?
Au moins s'aiment-ils.
Car oui, Philippe, la laideur, c'est aussi aimer et n'avoir que le silence en retour. Mais c'est une bien petite laideur, ça, une laideur quotidienne, qui ne compte presque pas, et dont je ne m'offusquerai pas trop longtemps - même si l'idée, soufflée par un commentateur que je remercie, de voir fleurir un blog philippecollinestungougeat pour te rendre la monnaie de ton silence me remplit d'une immense joie. On pourrait boucler la boucle en suggérant philippecollinestlaid, d'ailleurs, tu en fis toi-même la démonstration hier, même si je te soupçonne d'avoir voulu par là réfréner les ardeurs de tes admiratrices les plus assidues.
Alors oui, cher Philippe, quand tu te laisses aller à d'aussi grossiers pièges, et quand tu ne viens pas, tu es très laid, en effet.
Mais d'autres choses le sont bien plus : Luc Ferry me réveillant en déblatérant avec suffisance ce matin, c'était laid.
Sarkozy qui pense à la présidence en se rasant, et qui se réclame de Blum et de Jaurès, ça aussi, c'était laid - à la différence de Ségolène Royal appelant les Français à fleurir leurs intérieurs et leurs façade de drapeaux tricolores, ce qui était juste très crétin.
Enfin l'organisation d'une émeute orchestrée par la police à Gare du Nord, à moins de trois semaines du premier tour, voilà qui était très, très très laid.
Tu le vois, les objets de laideur ne manquent pas, malheureusement. Pourtant, je peine à en trouver d'autres, ou n'ai pas très envie de le faire, parce qu'en ce moment, vois-tu, c'est plutôt la beauté qui a pris possession de mon esprit, et qui me fait vivre avec une intensité que je n'avais pas ressentie depuis longtemps. Aussi vais-je m'empresser de retourner à ces beautés, en me permettant, avant cela, de t'aiguiller sur la première d'entre elle, que j'ai eu la chance d'admirer vendredi soir, et dont je ne me remettrai peut-être jamais :
c'était au bois de Boulogne, c'était aérien, c'était lumineux, c'était la preuve que les anges existent et que les hommes peuvent voler, c'était magique, et c'était tout sauf laid. C'était Ola Kala, des Arts Sauts.


A toi pour toujours,


Valentine

29 mars 2007

L'heur de te plaire


Cher Philippe,

Difficile d'être plus clair : je cesserai donc là cette histoire qui n'a pas l'heur de te plaire. C'est dommage, j'imaginais déjà Léo Malet croisant Racine au détour des épisodes 4 & 5, mais qu'importe.
Il ne me reste plus qu'à trouver autre chose - et ce ne sont pas les sujets qui manquent: que faisais-tu au salon du livre ? Nous y sommes-nous rencontrés sans le savoir ? Pourquoi Philippe Labro a-t-il décidé d'avouer à la face du monde qu'il est Stéphanie - l'auteur des Cornichons au chocolat, un bouquin dont les pages ont dû finir par tomber en poussière tant je les ai lues et relues entre douze et treize ans - aveu qui m'a plongée dans un abîme de désespoir ? Pourquoi des gens de gauche décident de voter pour un homme de droite au premier tour pour barrer la route à la droite au second (j'ai beau tourner et retourner l'équation dans ma tête, certes fort peu mathématique, je reste perplexe) ?
Bref, tu le vois, on ne va pas s'ennuyer, mais il va falloir attendre un peu, parce que je dois malheureusement aller rejoindre l'entreprise qui me sert d'alibi social. Mais c'est promis, un jour je t'en dirai plus sur mes curieuses activités au sein de cette curieuse entreprise, où l'une de mes principales fonctions et occupations consiste à lire, et à écrire, des romans érotiques...

A toi pour toujours,

Valentine

26 mars 2007

En-quête

Cher Philippe,

Je sais depuis hier que nous avons en commun le goût des énigmes policières, qui vient s'ajouter à celui du jeu que nous partageons aussi. Aussi me proposai-je de te conduire dans une enquête un peu particulière, en cinq étapes, à la manière de.
Ramenée à sa plus simple épure, l'aventure pourrait se résumer ainsi :

1. Valentine aime Philippe et décide de le poursuivre de ses assiduités.
2. Malgré des lettres quotidiennes, des coups de téléphone nocturnes et des filatures, Philippe ne la remarque pas. Changeant de tactique, Valentine décide de kidnapper Anne, la stagiaire de la Panique au Mangin Palace, et se présente comme stagiaire auprès de Philippe.

3. Quoique charmé par cette nouvelle recrue, Philippe s’inquiète de la disparition d’Anne, et contacte au bout de trois jours le commissaire du quartier. Ce dernier vient enquêter incognito et découvre assez vite le pot aux roses. Ayant réuni les preuves de la culpabilité de Valentine, il débarque à l’improviste à la Maison de la Radio, afin de confondre la jeune femme.
4. L’hôtesse d’accueil tente de lui interdire l’accès au bureau de Philippe, au motif que ce dernier est en réunion. Passant outre, le commissaire fait irruption dans le bureau de Philippe, et le découvre en train de faire l’amour à Valentine. Sans perdre son sang-froid, le commissaire dévoile à Philippe le nom de la coupable, et lui annonce par ailleurs que ses services ont retrouvé Anne.
5. Déchiré entre l’indignation et sa passion naissante pour Valentine, Philippe finit par lui pardonner, et lui propose, quelques temps plus tard, de l’épouser.


A présent, voici ce que donnerait le premier épisode :

Première partie.

Le 25 mars 2007, vers onze heures, le radio-réveil, qui trônait sur la petite table de bois bleu faisant office de chevet à la tête du lit, se mit à grésiller, crachoter, puis le son de la station emplit la pièce.
Une voix féminine s’éleva, énuméra les titres du journal et se lança dans une litanie longue et monocorde. On avait publié des sondages qui divisaient les spécialistes, et les élections qui approchaient avaient toutes les chances de se jouer dans un mouchoir de poche, ce qui, au dire des mêmes spécialistes, ne laissait rien augurer de bon. A Paris, les syndicats appelaient à une grande manifestation pour le lendemain, afin de protester contre la garde à vue abusive dont avait été victime, l’avant-veille, la directrice d’une école maternelle. Dans la même ville, les supporteurs du club de football local se désolaient de voir leurs joueurs s’enfoncer dans la zone de relégation, tandis qu’à l’échelle du pays, tous les amateurs de sport saluaient la victoire de l’équipe nationale. Les mêmes se félicitaient des excellents résultats de la jeune championne de natation qui faisait, depuis quelques temps déjà, la fierté de la nation.
Enfin, le journal cessa ; et la voix féminine, soudain plus enjouée, plus malicieuse, annonça l’émission suivante et céda l’antenne à l’animateur de la Panique au Mangin Palace.
Une jeune femme de trente-trois ans, à longs cheveux et qui sortait à peine des brumes du sommeil, restait immobile dans le lit, pelotonnée sous la couette qui lui apportait encore la douceur de la nuit. Les yeux mi-clos, elle se laissait bercer par le générique d’une émission qu’elle connaissait ; puis elle reconnut l’inflexion de la voix qu’elle chérissait, le cérémonial sonore dont elle anticipait le déroulement, les mots qu’elle savait par cœur ; et bientôt, la musique s’évanouissant, elle laissa échapper un petit gémissement de contentement.
Mademoiselle Valentine, nouvellement célibataire, profitait des derniers instants précieux de la matinée avant d’aller affronter le cours du long dimanche, où elle devait se languir tout le jour. Son fiancé, avec la cruauté de ceux qui n’aiment pas, lui avait signifié son congé ; elle avait cessé d’en pleurer la veille seulement, bien que l’événement remontât à plusieurs semaines, et elle se dédommageait de n’être plus aimée en se laissant bercer par la voix de celui qu’elle imaginait aimable.
Philippe.
Valentine pensait aux mots tendres qu’il lui dirait, aux caresses qu’ils échangeraient, au bonheur de vivre à ses cotés, à l’amour qu’ils feraient ensemble. Elle se rappelait la première fois qu’elle l’avait entendu. Ça avait été comme une révélation. Il avait une voix chaleureuse, avec des accents parfois un peu plus vifs qui relevaient le rythme de ses phrases. Son débit rapide, s’accélérant puis ralentissant soudain avant de repartir de plus belle, séduisait l’esprit et semblait défier aimablement l’oreille de ses auditeurs. Son humeur joyeuse, égale, rehaussée d’un éclat espiègle, se communiquait à qui l’écoutait.
Jamais elle n’avait entendu cette vivacité de son esprit agile, la liberté de son ton, ni cet allant de propos qui sonnaient toujours justes. Elle recevait son discours avec religion, comme quelque chose d’extraordinaire. Aimait-il ? Quels étaient ses goûts, sa vie, son passé ? Elle souhaitait connaître les traits de son visage, l’éclat de ses yeux, toutes les expressions qu’il prenait pendant l’amour, les vêtements qu’il portait, les draps dans lesquels il dormait, les amis qu’il comptait ; et le désir de le toucher même s’effaçait devant une faim plus impérieuse, dans une curiosité douloureuse qui n’avait pas de limites.
Une virgule sonore signala la fin de l’émission, la voix bien-aimée fit entendre ses dernières notes. La journée continuait, on se retrouverait dimanche prochain, et d’ici là, il ne fallait rien lâcher. Et Valentine se réjouit d’entendre ces mots, comme s’ils n’avaient été adressés qu’à elle. Puis elle songea qu’il faudrait attendre sept longs jours avant de retrouver pareille félicité, qu’elle se condamnait à se consumer d’un vain amour pour un homme qu’elle ne reconnaîtrait pas si elle le rencontrait, qu’elle s’apprêtait à sacrifier le tout de sa vie à celui auquel elle ne laisserait même pas un souvenir.
L’heure était à la gravité. Comment obtenir qu’il la vît ? Et elle n’imagina rien de mieux que de lui écrire.

Fin de la première partie.


Voilà, cher Philippe, il ne tient plus qu'à toi, et à ceux qui me liront, que je dévoile la suite de cette aventure, et que je livre le secret du puzzle qui n'en est pour l'instant qu'à la première pièce. Et sois assuré que toute suggestion sur la meilleure manière de faire sera la bienvenue.

A toi pour toujours,

Valentine

19 mars 2007

In love with...


Cher Philippe,

Je suis peinée, tu t'en doutes, de ton silence : j'espérais qu'après mon dernier billet, tu profiterais de mes vacances pour me laisser enfin un mot, un signe, mais une fois de plus, rien. Pourtant, tu aurais pu me m'écrire tant de choses ! Par exemple, proposer de me rencontrer dans un lieu cosy et discret afin de m'expliquer, au creux de l'oreille, pourquoi l'émission un rien coquine que je te suggérais de faire l'autre dimanche n'était pas tout à fait réalisable sur une antenne du service public... Tu aurais pu aussi me laisser quelques mots qui auraient dit ta curiosité à mon égard, ou tout autre sentiment, fût-il désagréable à entendre. Tu aurais pu encore, d'une seule parole, me guérir de toi en me faisant comprendre que je n'étais pas digne de te recevoir. Tu aurais pu enfin m'intimer l'ordre d'arrêter de babiller à tort et à travers, de te foutre la paix une fois pour toutes et de te laisser faire ton travail, y'en a qui bossent, merde.
Mais non.
Alors voilà, il faut que tu le saches, je vais peut-être finir par tomber amoureuse de quelqu'un d'autre. Après tout, d'autres que toi me lisent, et me répondent, eux, ce qui me réjouit. Qui sait si certains d'entre eux ne seraient pas ravis de susurrer quelques mots au creux de mon oreille ? A moins que je ne m'entiche d'un autre Valentin...
Dans les deux cas, ce serait terrible, puisque non seulement je ne serais plus amoureuse de toi - et nulle inconnue ne te consacrera plus son temps, son énergie, et tout ce qui la constitue-, mais surtout, ces pages se transformeraient en temple de mon nouvel amoureux, qui profiterait de facto de ta notoriété... Imagine, on taperait "Philippe Collin" sur Google, on serait dirigé sur cette page, et la première chose qu'on y lirait, ce serait :

Je suis amoureuse de Nicolas Demorand.

Bon, d'accord, ce n'est qu'un exemple, et un clin d'oeil, mais fais quand même gaffe....

A toi pour toujours (mais peut-être plus pour très longtemps),

Valentine


La photo qui illustre ce billet est d'Hervé Guibert

09 mars 2007

Pour le plaisir


Cher Philippe.


Figure-toi que le sort, et l’ironie qui le caractérise, a décidé que je ne serai pas là pour t’entendre ce dimanche, alors que je tire des plans sur cette comète depuis maintenant presque 6 semaines. Mais voilà, dimanche, je serai à Prague, et n’aurai aucun moyen de savoir si, comme je l’espère, tu as choisi de consacrer cette émission au thème qui s’imposait.
Alors, comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, voici la soixante-neuvième émission par laquelle j’aurais aimé être réveillée.


A priori, nous serions ce matin le dimanche 11 mars 2007, 11h06, bonjour à toi, l’ami. Cette semaine, dans Panique au Mangin Palace, tu es bombasse, tu es Geisha, tu es brouette thaïlandaise, tu es sex-toy ou danse des sept voiles, et tu es aussi Sylvia Christel. Oui tu l’auras compris l’ami, ce matin tu es érotisme, et tu pars à la recherche du plaisir.
A l’heure où, comme chaque année, la journée de la femme a été l’occasion de rappeler que parmi ses droits fondamentaux figurait, et en bonne place, le droit au plaisir, et à l’heure où le magazine
Elle titre « Sexe : ce que veulent les hommes », la Panique au Mangin Palace a décidé ce matin, pendant 53 minutes, d’explorer les multiples facettes du désir. Donc, dans l’heure qui vient, nous allons tenter de te raconter une histoire illustrée, mais toujours décalée, celle du plaisir, et des moyens d’y parvenir.
Pour commencer, de Marie-Madeleine à Lady Chatterley, en passant par Justine et Juliette, il faut retracer l’histoire des belles pécheresses dont les gémissements ont marqué l’imaginaire de tous les garçons et les filles de nos âges.
Ensuite, nous essayerons durant quelques minutes de te décrire les secrets d’un orgasme réussi, et nous te ferons entendre quelques unes des scènes les plus sensuelles de la littérature et du cinéma. On enchaînera d’ailleurs sur une petite surprise de Gérard Depardieu, qui viendra te raconter les secrets du tournage des
Valseuses.
Et puis, dans la foulée, nous te dévoilerons par quel procédé tenu secret Nicolas Sarkozy a réussi à piquer sa jeune et jolie femme au pauvre Jacques Martin, et comment François Hollande s’y est pris pour mériter sa réputation de premier séducteur du PS.
Et enfin te raconter ce qu’ont vécu Monique et JC, après avoir accepté de retrouver des amis aux
Chandelles, un des hauts lieux de la nuit parisienne, et comment Jean-Claude a eu la surprise de sa vie en découvrant la nature de ce club pas tout à fait comme les autres.
Une seule mission, tenter de chahuter tes zygomatiques. On est dimanche matin, on est bien, et le décollage est imminent. Allez, c’est parti, c’est la
Panique au Mangin Palace, alors bien sûr, monte le son, et bonne bourre !

Là, on entendrait l’inoubliable Tout doucement, puis tu enchaînerais par une ©ollinade dont toi seul as le secret :


Tout doucement, c’est ce que chantait Bibie en 1985, et ce que des milliers de jeunes femmes ne cessent de répéter au creux de l’oreille de leurs amants, si bien que les préliminaires interminables, c’est pour qui, hein ? C’est pour bibi.


Comme je ne peux que fantasmer le corps de cette émission idéale, je me contenterai de t'en dévoiler ici quelques images suggestives:




Enfin, il serait 11h57, et l'émission toucherait à son terme:


Alors, nous voici donc arrivés au terme de notre voyage à travers l’érotisme. De l’art de rendre fou un homme aux mille subtilités sensuelles du Kama-Sutra, en passant par les secrets d’une pipe au miel réussie, nous t’avons dressé un panorama subjectif et incomplet des joies du sexe.
Alors pour résumer, c’est quoi, le plaisir ?
C’est bien sûr quand, après que les lentes et exquises caresses de ton partenaire ont enflammé chacun de tes sens, ivre de désir, haletant, tu te confonds enfin à son corps brûlant, et que le rythme délicieux qui s’imprime alors à vos deux corps enlacés te donne soudain le sentiment qu’un feu d’artifice éclate en toi, d’une force inouïe, te renversant d’un plaisir dont tu ne soupçonnais même pas l’existence.
Mais c’est aussi quand, vers la mi avril en général, installé à la terrasse d’un café, tu deviens comme fou, tous tes sens subitement en alerte au spectacle d’un incessant ballet de jupes virevoltantes révélant juste ce qu’il faut de jambes fines et dorées, et que tu prends soudain conscience que, cette fois ça y est, c’est le printemps.
Et pour finir, mon ami, le plaisir, c’est glisser un orteil hors du lit, courir ouvrir les volets afin de laisser entrer le soleil dominical dans ta chambre encore embrumée des passions de la nuit, et revenir, frissonnante, te pelotonner sous la chaleur de la couette pour jouir, sans entraves, de l’inflexion d’une voix chère, en rêvant qu’elle ne se taise jamais.
Voilà, fin du
soixante-neuvième épisode, fin de l’orgasme.


A toi pour toujours,


Valentine


04 mars 2007

Bruxelles, attends-moi, j'arrive




Cher Philippe,

Ferais-tu partie des trentenaires nostalgiques de la carte Interail? J'ai bien peur en effet qu'après l'Eurostar et le Thalys, il faille bientôt s'attendre au Talgo et à l'Artesia.
Qu'importe. Je te moque, mais au fond, je suis ravie : tout était réuni ce matin pour me faire passer une heure exquise, des vieilles gloires de la chanson aux voix chevrotantes des archives (Ah! la voix de Baudoin, à peine 21 ans, parlant comme Malraux sur ses vieux jours), en passant, bien sûr, par la plus classique des ©ollinades :

Tell me about it
, c'est ce que réclame cet hiver la jeune chanteuse britannique Joss Stone. Tell me about it, traduction en français : parle-moi de ça ; traduction en belge : je dirais même plus, de ça parle-moi.
Philippe Collin, F.I., 4 mars 2007


Un petit regret, néanmoins : sans doute pour la raison que, décidemment, on y voit mal à la radio, tu as préféré taire le nom d'un des plus grands peintres vivants, bruxellois de son état, et je m'empresse de rendre ici à Pierre Alechinsky ce qui lui appartient. Toutefois, en dévidant le fil du match entre l'oeil et l'oreille, tu aurais pu te dire que le porno à quinze balles de Poelvoorde allait perdre tout son charme à la radio. Alors pour une séance de rattrapage, c'est par là.

Voilà, à part ça, sois une fois de plus remercié d'avoir conduit mon dimanche sur de radieux rails.

A toi pour toujours,

Valentine



02 mars 2007

Dextérité virile


Cher Philippe,

Comme la chair est triste - du moins sans toi - je me suis tournée vers les livres, avec l'espoir, peut-être, de les lire tous, et c'est pour cela que je te délaisse depuis quelques jours.
Il fallait bien ça pour dévorer Les Falsificateurs d'Antoine Bello, que tu as reçu, et que, sur tes conseils cette fois assez mal avisés, j'avais bien failli laisser sur le bord de ma bibliothèque.
A présent, je suis plongée dans Un Roman russe, d'Emmanuel Carrère, que tu n'as pas reçu : sept ans que j'attendais de le relire enfin, autant te dire que je ne suis pas déçue, même si cela m'occupe tellement que je ne sais plus écrire en le lisant.
Promis, dans quelques jours, je t'écrirai de nouveau, sur ces deux romans, sans doute. Et rassure-toi, dans l'intervalle, je t'écoute quand même : je serai là dimanche matin, fidèle, comme j'étais là mardi quand tu as proposé à ton public féminin de s'offrir à ta dextérité virile. Il va de soi que je veux en être, cher Philippe.

A toi pour toujours,

Valentine

26 février 2007

Deux petites semaines...



Plus que deux petites semaines...

Et comme il n'y a pas de raison que je sois la seule à pouvoir jouer, c'est le moment de se lâcher pour tous les amateurs de collinades © :

A votre avis, ce sera quoi, le thème de l'émission, dans deux semaines?


25 février 2007

Ma petite entreprise


Cher Philippe,

Tu as rondement mené ta petite entreprise, ce matin, et comme souvent, tu m'as bien réjouie sous ma couette : une collinade comme on n'aurait osé en rêver avec la première volute sonore - ce qui m'autorise à te le redire, you can ring my bell, où tu veux et quand tu veux ; des extraits qui font sourire et un rythme qui réussit une fois de plus à transformer le temps : de même qu'en certains lieux règnent des noveuros, en certaines ondes règne un novtemps. C'est notamment le cas le dimanche de 11h00 à midi : cela fait à peine dix minutes que l'on s'amuse aux douces dingueries de la Panique que déjà Philippe Collin prononce les mots qui fâchent : Voilà, fin du soixante-septième épisode, tout le monde descend.
A l'inverse, en novtemps, une chronique de Bernard Guetta peut durer jusqu'à une demi-heure. Et c'est encore le même principe qui préside à une expérience que tu as sans doute déjà faite : tu vas au théâtre voir une pièce qui dure quatre heures (en général, c'est au théâtre de la Colline, et ce sont tes amis qui t'y ont poussé, à moins que tu n'aies pris un abonnement un soir d'ivresse), la représentation commence à 19h30 (donc tu n'as pas eu le temps de manger auparavant, ce qui ne fait qu'ajouter à ton humeur exécrable), et alors que cela fait plus de trois heures que tu t'ennuies mortellement en te demandant pourquoi le putain d'entracte qui aurait dû te permettre de fuir sans être repéré n'a pas encore eu lieu, tu regardes ta montre, et il est 19h43. C'est ça, le novtemps. Alors tu comprendras que je préfère quand il s'exerce dans l'autre sens, en t'écoutant.
Pourtant, ce matin, j'aurais aimé que le plaisir dure encore un peu plus longtemps, afin d'en apprendre davantage sur ta petite entreprise : imagine, on aurait pu entendre Anne Delalande, la stagiaire la plus heureuse du monde (la seule?), décrire ce que ça fait de travailler avec toi, et suggérer à demi-mots que derrière le bateleur se cache un patron en or. Ou un tyran. Ou un amant exceptionnel...
Ce matin, tu aurais pu aussi balayer devant ta porte, ou devant celle du Parrain, et nous expliquer pourquoi il refuse obstinément de te confier les missions dont tu rêves : certes, tu as eu le droit à Dhorasso, mais ce n'est pas Clint Eastwood non plus, hein? Mais après tout, peut-être n'as-tu pas le bon signe astrologique, toi non plus. Espérons que tu l'auras la semaine prochaine, et que le Parrain te confiera la mission Emmanuelle Carrère - mille fois plus intéressant que l'inspecteur Harry.
Enfin, ce matin, tu aurais pu penser à tous ceux qui mènent leur barque tout seuls, et dont les entreprises, d'apparence parfois vaines, ne sont pourtant pas dépourvues d'intérêt. A l'instar de la petite entreprise que je te consacre du bout de ma plume, ici représentée.

Qu'importe. Mon dévouement, qui ne connaît point de bornes, continuera à s'exercer à ton endroit. Car je suis ta servante, Ecce ancilla Domini.


A toi pour toujours,

Valentine

22 février 2007

Y'a des matins comme ça



Cher Philippe,

Alors que j'ai encore dans la tête le son miraculeux des Gordon Sanchez que j'ai eu le grand bonheur d'écouter hier soir au Réservoir, c'est ce matin la voix lénifiante de Bayrou qui explose à mes oreilles, et le contraste est rude.
Comment 55% des Français pourraient-ils avoir envie de voir ce pater familias bourgeois et droit dans ses bottes parvenir à l'Elysée ?
Ce type ne doute de rien, c'est insupportable, et le pauvre Nico du Cetneuftrente peine à rabattre la morgue de son interlocuteur - ce qui n'est pas commun.
Bref, je vais m'empresser d'aller compulser frénétiquement mon horoscope, en espérant qu'il m'annoncera une belle surprise pour la journée, seul moyen de transformer cette journée en autre chose que ce vers quoi elle se dirige fissa après cette entrée en matière : une journée de merde.

A toi pour toujours,

Valentine

21 février 2007

Noire passion


Cher Philippe,

Alors non, finalement, je ne vais rien dire de tes pitreries astrales de dimanche : chiadées et bien senties comme à l'accoutumée, elles auraient en effet mérité que je les prolonge un peu sous ma plume, et qui sait, que je donne envie à d'autres de retourner les entendre.
Mais je ne le ferai pas.
Pourquoi?
Parce que, cher Philippe, loin de moi l'idée de me plaindre - après tout, tu ne m'as rien demandé, hein ? - mais parfois, je dis bien parfois, je me sens lasse de soliloquer. Et je suis d'autant plus peinée qu'à d'autres, qui se contentaient à peine de te citer sur leur blog, tu n'as pas hésité à laisser un mot de commentaire :

"Nous remercions toutes les personnes qui parlent de notre émission sur leur blog. Nous sommes très sensibles au fait que vous nous aidez à exister un peu plus ailleurs, c'est important"

Philippe Collin, 24 mars 2006

Tu comprendras que la jalousie me dévore à lire ces quelques lignes, et ce d'autant plus que mon signe zodiacal, bouillonnant et fervent, me prédispose à cette noire passion...
Par bonheur, ce même signe extrême favorise en moi la plus grande des maîtrises, et me porte à la magnanimité des Césars. Aussi, cher Philippe, apprends que je ne t'en veux point, et que si elle me condamne aujourd'hui au silence, ton ingratitude n'a pas terni l'éclat de l'éternel amour que je te voue.
Seule maîtresse en ces lieux, je me contenterai alors d'un silence bienveillant à ton égard, ce même silence bienveillant que l'exquise madone de Léonard qui orne ce message semble adresser au doux objet de ses feux. Raccourci audacieux, qui te prouvera s'il en était besoin, qu'à si bien t'écouter, j'en arrive à te surpasser dans l'art et la manière de lier une chose à une autre, par exemple une chanson à un sujet... Ce qu'entre gens de bonne compagnie il conviendra désormais de nommer une collinade...

A toi pour toujours,

Valentine

14 février 2007

Looking for Valentin

Cher Philippe,

Comme à l'évidence, tu ne te précipites pas pour me souhaiter une belle fête, je vais devoir t'être infidèle. Non que tu ne mérites plus mon amour, mais une passion d'une telle force ne pouvant survivre sans aucun signe pour l'attiser, il me faut me résoudre à trouver ailleurs ces braises que tu me refuses.
Ainsi, puisque tu te dérobes à mes baisers, les mots qui passeront mes lèvres aujourd'hui ne te seront pas destinés, mais à tous les hommes que j'aurais aimé avoir pour Valentin.



Des blancs, des noirs, des arabes, des hétéros, des homos, des femmes, des vieux, des jeunes, des beaux gosses, des moins jolis, des gros bras, des grosses têtes. En tout cas, un certain nombre de belles fesses à contempler avec gourmandise. Car, oui, il faut le savoir, les femmes aussi aiment mater les jolis petits culs.

Voilà. Et c'est promis, cher Philippe, dès demain, je ne materai plus que toi.

A toi pour toujours,

Valentine

PS : Parmi ces 28 Valentins, une mention spéciale pour les Gordon Sanchez, en haut à droite, aussi beaux à regarder qu'époustouflants à entendre (par exemple ici).

12 février 2007

Quatre petites semaines


Plus que quatre petites semaines....
Au cas où tu l'aurais oublié, je te rappelle que je suis à ton entière disposition afin de t'inspirer un bon sujet pour l'émission du 11 mars.

Valentine

"Un monstre aux yeux verts qui outrage la chair qu'elle dévore"




Cher Philippe,

Alors là, rien à redire, l'émission d'hier était vraiment palace et glamour, presque autant qu'une interview de mademoiselle Deneuve.
Pourtant, j'hésite à avancer sur le terrain de la jalousie, ce monstre aux yeux verts qui outrage la chair qu'elle dévore, tant la mienne est terrible à imaginer toutes ces femmes qui gravitent autour de toi :
Anne Delalande pour commencer, la seule stagiaire du monde qui doit être heureuse de son sort - moi, à sa place, je le serais tant ;
Ensuite, toutes les jeunes femmes qui guettent comme moi chacune de tes missions et émissions, devant et derrière le poste;
Enfin, même si mes mains tremblent à l'écrire, ta femme, ton amoureuse, ta roudoudette d'amour, bref, celle dont il me faut bien envisager la possibilité de l'existence, celle qui, peut-être, partage ta vie, celle sur qui tu répètes sûrement tes vannes, et celle qui, le dimanche matin, aux petites aubes, lorsque tu la presses de te donner des conseils sur les disques du jour, finit sans doute par te dire n'importe quoi pour que tu la laisses dormir. M'est avis que ce dimanche, tu as dû être particulièrement lourd avec ta pauvre femme :

Au dedans de moi, c'est ce que fredonne Jean-Louis Murat sur son dernier album intitulé Taormina; Taormina, c'est une petite ville d'Italie, dans la province de Catane, face à l'Etna, que les Siciliens comparent carrément à Saint-Tropez. C'est ça, oui, vantards, et jaloux en plus.

Philippe Collin, France Inter, dimanche 11 février, vers 11h19.


Belle collinade... Celle-là, il fallait la trouver.
Allez, je pérore, je fais mon intéressante, mais au fond, c'est juste pour dissimuler mon trouble à la pensée que, peut-être, tu en aimes une autre. Alors, je pourrais, avec le Swann de Proust, décrire la pieuvre de la jalousie qui m'étouffe de ses tentacules, comme si cette jalousie [avait] une vitalité indépendante, égoïste, vorace de tout ce qui la nourrirait, fût-ce aux dépens de [moi]-même.
Mais tout passe, nous ne le savons que trop, et la jalousie finira bien par disparaître, elle aussi. Qui sait, je ne t'aimerai peut-être pas toute ma vie ? Ou peut-être qu'un jour - et cette option a ma préférence - ta femme te quittera, lasse de te sacrifier toutes ses grasses matinées, et que ce jour tu t'écrieras avec Swann, lucide :

Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre!


Ce jour-là, cher Philippe, n'oublie pas qu'en plus d'avoir consacré mes jours et mes nuits à t'aimer - et connais-tu beaucoup d'hommes qui pourraient en dire autant ? -, je suis, moi, tout à fait plaisante, et tout à fait ton genre : si mes yeux sont verts, je ne les lèverai jamais sur toi pour t'outrager.

A toi pour toujours,

Valentine



Shakespeare, Othello, III, 3, v. 166, 1604
Proust,
Un Amour de Swann, 1913

11 février 2007

To all of you


Cher Philippe,


Dans trois jours, la France entière célèbrera ma fête.

Et toi ? Cèderas-tu enfin aux sirènes de la curiosité ?


A toi pour toujours,



Valentine

09 février 2007

Verba volant, scripta manent



Cher Philippe,

En ce moment, quand j'allume ma radio et que tu ne t'y trouves pas, ce qui est malheureusement fréquent, j'entends souvent un appel qui m'atteint droit au coeur tout en me rappelant l'un de mes nombreux regrets : ma station favorite m'invite à prendre ma plus belle plume afin de faire partie du jury du Livre Inter.
Chaque année, je caresse mon envie d'en être, de lire, lire encore, dévorer, puis d'en débattre avec d'autres, qui, comme moi, ne veulent pas choisir entre la lettre et le verbe, et se régalent d'entendre des voix chères leur parler de textes aimés. Et chaque année, je compose ma lettre dans ma tête, je les trouve imparables, mes mots qui disent mon amour des livres, et puis comme chaque année, je ne les couche pas sur le papier, et je laisse passer la date d'envoi. Alors, la mort dans l'âme, j'enfouis ce regret dans un coin de mon inconscient, mais celui-ci finit toujours par revenir frapper à la porte, en général au moment de la proclamation du Prix, et je me rabats, tristement, sur la lecture du lauréat, souvent en refaisant le débat comme on refait le match.
Evidemment, en 1975, vu que je n'avais même pas deux ans, je n'ai pas lu Des Demeures et des gens, le premier roman primé. Je dois bien avouer, d'ailleurs, que trente et quelques années plus tard, Catherine d'Etchea m'est une parfaite inconnue. Et sans doute pas uniquement à moi, puisque si je la google, je ne trouve que neuf liens qui pointent vers elle, plus ou moins vaillants. Triste destin, qui me rend aujourd'hui, moi l'amoureuse officielle de Philippe Collin, beaucoup plus visible que cette lauréate. Vanitas vanitatum et omnia vanitas. Vanité des distinctions, vanité des moteurs de recherche, aussi...
Je n'ai donc pas lu Catherine d'Etchea, et parmi la liste des lauréats, force m'est de constater que j'en connais fort peu avant 1990. Toutefois, je suis prête à parier que je ne suis pas la seule, et en particulier que toi non plus, cher Philippe, tu n'as pas lu cette pléiade d'auteurs souvent disparus. Qui se souvient des hommes ? écrivait Jean Raspail en 1987, et aujourd'hui, malgré le prix que lui valut cet opus, je ne peux que demander à mon tour : qui se souvient de Jean Raspail ?
Question toute rhétorique, car Jean Raspail gagne à être connu. Si si. D'une part, contrairement à Catherine d'Etchea, Jean Raspail n'a jamais cessé d'écrire depuis l'obtention de ce prix - il avait d'ailleurs commencé bien avant, et nous lui devons un certain nombre de romans aux titres fleuris, mes favoris étant Secouons les cocotiers (2 tomes), Le Son des tambours sur la neige ou En Canot sur les chemins d'eau du roi. D'autre part, outre qu'il a intitulé un autre de ses romans Boulevard Raspail - un peu comme si je revendiquais My Funny Valentine -, ce prolifique et réactionnaire écrivailleur a aussi présidé le comité pour la commémoration du bicentenaire de la mort de Louis XVI (commémoration qui aurait dû avoir lieu place de la Concorde, et qui fut refusée par la Préfecture de Paris), et, surtout, il s'est fendu, le 17 juin 2004, d'un papier pour le Figaro où l'on pouvait lire ceci :

"Car je suis persuadé que notre destin de Français est scellé, parce qu'« ils sont chez eux chez moi » (Mitterrand), au sein d'une « Europe dont les racines sont autant musulmanes que chrétiennes » (Chirac), parce que la situation est irréversible jusqu'au basculement définitif des années 2050 qui verra les « Français de souche » se compter seulement la moitié la plus âgée de la population du pays, le reste étant composé d'Africains, Maghrébins ou Noirs et d'Asiatiques de toutes provenances issus du réservoir inépuisable du tiers monde, avec forte dominante de l'islam, djihadistes et fondamentalistes compris, cette danse-là ne faisant que commencer."
Jean Raspail, La patrie trahie par la République

Si jamais tu me soupçonnais de déformer ses paroles dans je ne sais quel dessein, je t'invite à vérifier par toi-même que cet extrait est au contraire bien en dessous de la réalité de l'ensemble de son propos. Mais ne reste pas trop sur sa page, tu risquerais la nausée.
Tu vois, je ne te mentais en affirmant que Jean Raspail gagnait à être connu.
Curieusement, soudain, j'ai comme un doute sur la pertinence du prix du livre Inter... Du moins à cette époque, par ailleurs fort trouble: après tout, n'y voyait-on pas de curieuses pratiques qui permettaient à l'ancien président de Radio France, Jean-Noël Jeanneney, de devenir président du jury, l'année même qui suivait son éviction ? Un peu comme si, un jour prochain, Jean-Paul Cluzel devenait à son tour président du jury. Après Echenoz, Carrère, Rouaud ou Semprun, ça risquerait de la foutre mal, non ? Sans compter qu'on serait à peu près assurés de voir Jean d'Ormesson, ce sympathique jeune auteur qui monte, emporter le prix... Et alors, cher Philippe, le parrain te confierait sans doute la lecture des oeuvres complètes de cet homme qui se voudrait le successeur de Chateaubriand et qui ne sera jamais que celui de Prudhomme, et là, ce ne sont pas 100, ni 200, mais bien plutôt 5000 pages que tu devrais te fader en une nuit, et quelles pages....
Mais non, cela n'arrivera jamais, et j'en veux pour preuve le spectaculaire redressement du palmarés depuis une dizaine d'années - depuis que je lorgne avec gourmandise sur le jury, en fait, même si je doute fort que cela ait un rapport. Qu'un tel prix ait su récompenser, dans le désordre de mes préférences, Winckler, Mauvignier ou Gailly, cela suffit à me réconcilier avec lui, malgré Raspail, malgré les petites compromissions, et malgré d'Ormesson. Aussi n'ai-je plus qu'à sortir ma plus belle plume, pour, enfin, convaincre tes pairs de me choisir. D'autant que cette année, je suis encore plus motivée que par le passé : si j'étais choisie, je pourrais me battre pour défendre Démolir Nisard et conchier La Mélancolie de Zidane. Et puis, surtout, si j'étais choisie, j'entrerais enfin en ton royaume.
Ce qui serait le meilleur moyen de te rencontrer, cher Philippe, et peut-être même de te séduire sans que tu me reconnaisses...

A toi pour toujours,

Valentine

04 février 2007

Glamorama



Cher Philippe,

Tu sais que j'aime me laisser réveiller par ta douce voix, mais ce matin, je ne t'ai pas écouté dans mon lit, lovée entre mes draps tout chauds encore de la nuit. Non, aujourd'hui, j'ai goûté une expérience nouvelle, je t'ai écouté dans mon bain.
Nue.
J'ai adoré cette sensation d'impudeur et de transgression, un peu comme si, puisque je pouvais t'entendre, tu n'étais qu'à une goutte de pouvoir me voir. Je ne sais pas si tu as déjà téléphoné depuis un bain, c'est une activité que je pratique aussi souvent que je le peux, et à chaque fois, c'est un grand bonheur : un seul petit mouvement et un clapotis nous trahit aux oreilles de notre correspondant, le tout étant de savoir si on a envie de se trahir, et de le laisser nous imaginer lui parlant en tenue d'Eve... Eh bien, ce matin, j'ai ressenti le même trouble plaisant.
Aussitôt remplacé par une intense satisfaction : rends-toi compte, hier soir très tard, je me plaignais à demi mots, les demi mots d'un post scriptum, de la nature un peu trop, comment dire ? testostéronée de ta précédente émission, de son côté gros bras, et je revendiquais quelques grammes de glamour dans un monde de brutes. Or, qu'entends-je ce matin, alors que je barbotte entre les bulles délicatement parfumées à la fleur d'oranger, seulement rafraîchie, dans cette chaleur moite, par le contact de la faïence contre ma nuque ? Je t'entends annoncer de ta belle voix que la Panique, aujourd'hui, m'apprendra tout des palaces.

Joie, joie, pleurs de joie.


Je crois que nulle parole ne saurait exprimer le bonheur que j'éprouvai en entendant ces quelques mots. Evidemment, je sais bien que tu ne t'es pas dit, hier soir, après avoir découvert mon billet que tu aurais guetté fébrilement tout le jour :

Foutredieu, Valentine n'a pas aimé l'émission de la semaine passée, et c'est vrai que j'ai un peu déconné avec mes histoires de gros camions, ça fait rêver qui, hein, Collin, ça fait rêver qui ces histoires de bahuts customisés ? Va falloir incontinent que je redresse le tir. Mais comment faire, vu que j'avais prévu une spéciale formule 1, avec la totale : des extraits de
Turbo, des articles de Tunning Mag, une interview exclusive de Bernard Darnish, et Jean-Claude et Monique à Magny-Cours. Or je sens bien qu'elle ne va pas kiffer Darnish, Valentine - en même temps, qui le kifferait, hein ?

Non, Philippe, je me doute bien que tu n'as pas passé la nuit à écrire une nouvelle émission, à collecter tous les sons, et à les monter, pour qu'au petit matin, mon voeu soit exaucé. Pourtant, ce matin, c'était un peu comme si je l'avais été.
Alors merci, cher Philippe, car même si j'ai failli me noyer de rire à plusieurs reprises, j'ai adoré cette émission. Parce qu'elle était brillante, comme souvent, et aussi parce que parmi les choses que j'aime bien, dans la vie, en plus de reposer, alanguie, dans un bain à bulles, il y a aller boire des cocktails au champagne dans les bars des palaces, comme je te le disais voilà quelques temps. Donc, si tu veux copier le Général, nous pourrons vivre notre nuit de noces au Crillon, mais en attendant, je t'offrirai une coupe au Meurice dès que cela te chantera.
Voilà, merci encore pour cette belle matinée, et puis, si tu as besoin d'inspiration pour l'émission de dans cinq semaines, tu peux compter sur moi...

A toi pour toujours,

Valentine


La voix de son maître


Cher Philippe,

Aujourd'hui, je viens de me voir dans le poste (chez des amis, hein, parce que si tu suis bien, chez moi, il n'y a que des vieilles TSF qui te diffusent à longueur de temps), et je suis partagée entre l'énervement digne, la consternation et le rire de mépris. Une demi-heure d'interview pour ne retenir que cette petite phrase crétine, et pour me prêter le discours officiel de la vaste entreprise à laquelle je suis dévolue corps et âme ? Le procédé qui consiste à désigner mon discours comme un discours de propagande, alors que seul le montage, en sortant mes propos de leur contexte, leur confère la valeur d'une propagande qu'on aimerait y trouver, ce procédé me laisse sceptique. C'est tellement facile de faire plier la réalité dans les cases où on aimerait l'enfermer, par principe et a priori.
Soupir.
Quand je pense que pour enregistrer les termes de cette mascarade, j'ai raté la première mi-temps de France-Suisse, en juin dernier...
Re-soupir.
Bref, la prochaine fois que les sirènes de la renommée retentiront, fais-moi penser à m'enchaîner au mât.

A toi pour toujours,

Valentine

PS : les routiers sont sympas, c'est vrai, mais tu n'aurais pas un sujet un peu plus glamour en réserve ?