22 août 2007

10 août

Cher Philippe,

Que diable s'est-il passé le 10 août? Alors que je coulais des jours heureux sur l'image d'à côté, prise par mes douces mains, à Paris et ailleurs, c'était la fête sur ces pages : 67 visites en un jour. Contre une trentaine en moyenne les mois non chômés...
Alors, la faute au mauvais temps ? Est-il possible que sur le continent, il ait fait spécialement mauvais le 10 août ? Dans ce cas, aujourd'hui, je devrais passer les 100 visites, et haut la main, vu la pluie qui tombe sans discontinuer depuis ce matin et que j'observe, consternée, derrière ma fenêtre.
Ou alors, le 10 août, tu as enfin pris connaissance de ces pages à ta gloire - car toi aussi tu t'ennuies à Paris sous la pluie, tu es un homme comme les autres, au fond -, et découvrant ces pages, tu t'es empressé de contacter tous tes amis (37, donc), pour les enjoindre de découvrir ma loufoque entreprise. Je n'ose y croire, car cela signifierait aussi que toi et tes amis avez trouvé cela tellement insipide que vous n'y êtes pas revenus (12 visites le 11 août...).
Ou alors, la faute aux astres : les mêmes qui ont fait que, hier soir, alors que je voulais louer mon premier Velib, cela m'a non seulement été impossible, mais ma tentative a en plus fait buggé toute la station, au grand dam des vélibiens qui attendaient que j'aie fini pour raccrocher leur fidèle (?) monture. A cet instant, j'ai beaucoup pensé à Kalliope.
Une conclusion s'impose : le mois d'août à Paris m'est hostile, alors je vais m'empresser de repartir sur une autre île, plus à l'ouest, afin d'y oublier quelques temps ces embrouillaminis.

A toi pour toujours,

Valentine



05 août 2007

Divertissement


Tout le malheur de l'homme vient d'une seule chose
qui est
de ne pas savoir rester seul dans une chambre


D'où la nécessité de sortir de la chambre, ou d'y faire entrer un homme. Comme tu es décidemment loin de pénétrer la mienne, Philippe, il me faut en sortir.
Je pars donc loin loin loin, où je penserai peut-être à toi.
Retour dans une quinzaine de jours.

A toi pour toujours,


Valentine


Pascal, Pensées, 1669

04 août 2007

Minute récréative

Cher Philippe,

Pour nous divertir des lectures ineptes, un quizz recueilli sur un blog ami.


Put your music player on with all your music, then shuffle. 2. Press forward for each question. 3. Use the title as the answer to the question even if it doesn’t make sense. NO CHEATING!


1. How are you feeling today ? « Sempre libera », La Traviata, Verdi.

Pas mal, pour un samedi…


2. Will you get far in life ? The night before, Beatles

Peut-être pas la chanson la plus mièvre et inintéressante des Fab four, mais pas loin… Je ne sais si ça laisse présager un avenir radieux…


3. How do your friends see you ? Vanina, Dave

Eh oui, mes amis se rappellent qu’ils ne sont rien sans moi. En même temps, ils savent aussi que j’ai Dave dans mon I-Tunes… De vrais amis, en somme.


4. Will you get married ? La Crise, Yann Tiersen

Ce coup du hasard me fait décidemment bien rire.



5. What is your best friend’s theme ? Oh my Golly ! Pixies


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Je n’ai pas encore trouvé l’ami en question, mais si des fans des Pixies me lisent, qu’ils se manifestent, on pourrait devenir amis.


6. What is the story of your life ? Les bras de mer, Yann Tiersen avec Dominique A

Personnellement, j’aurais plutôt tendance à entendre les bras de mère, et ça, d’une certaine manière, c’est vraiment l’histoire de ma vie…


7. What was high school like ? Monsieur, Thomas Fersen


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Extrait : Les passants sur son chemin soulèvent leur galure, le chien lui lèche les mains, sa présence rassure. Dans la paix de son jardin, il cultive ses roses, Monsieur est un assassin, quand il est morose.

Quiconque aurait connu mon maître et Pygmalion reconnaîtrait bien là sa duplicité malsaine.


8. How can you get ahead in life ? Satan is my motor, Cake


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Je PROMETS que je n’ai pas triché, et que cette réponse est réellement le fruit du hasard.


9. What is the best thing about your friends ? Eleanor put your Boots on, Franz Ferdinand


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Il va falloir que je surveille les pompes de mes amies d’un peu plus près...


10. What is in store for this weekend ? My Mummy’s dead, John Lennon

Euh, d’accord, j’ai peut-être parlé des bras de mère un peu plus haut, mais je ne le pensais pas vraiment. Reviens, maman, c’était pour rire…


11. To describe your grandparents ? Les habitants du feu rouge, Mano Solo

Quiconque aurait connu mes grands-parents trouverait cette réponse délicieuse. Autant pour les militants rouges acharnés que pour les éternels arrêtés de la vie du côté maternel…


12. How is your life going ? Have a nice day, Syd Matters


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J’aime bien cette réponse.


13. What will they play at your funeral ? Yesterday, Ray Charles


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Spontanément, ce n’est pas forcément ce que j’aurais choisi, mais à bien y réfléchir, ça a son charme.


14. How does the world see you ? L’été indien (je n’ose même pas avouer de quelle version il s’agit).

Grand moment de solitude : oui, j’ai cette daube dans mon I-Tunes. C’est marrant, dès qu’il est question de la manière dont mon entourage me voit, ça sort une daube absolue… (cf. point 3)

15. Will you have a happy life ? L’aigle noir, Barbara


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No comment…


16. What do your friends really think of you ? Desire, U2


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Excellent ! Que tous ceux qui brûlent d’un désir secret se dévoilent…


17. Do people secretly lust after you ? I never talk to strangers, Tom Waits

Philippe, tu n’es pas un étranger. N’hésite plus.


18. How can I make myself happy ? One of those Days, Rabih Abou-Khalil

A Paques, ou à la Trinité ?


19. What should you do with your life ? Onde sensuelle, M


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Décidemment, une sorte de thématique se dessine.


20. Will you ever have children ? « Dans les bruyères », La damnation de Faust, Gounod

Vu que je ne me promène jamais dans les bruyères, question de principe, il est fort peu probable que je connaisse jamais les joies de l’enfantement, qui enorgueillit l’homme et ennoblit la femme.


21. What would you strip to ? Take me out, Scissor Sisters


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Avant ou après le strip ?


22. If a man in a van offered you candy, what would you do ? Haemoglobin, Placebo

Sobre, mais efficace.


23. What does your mum think of you ? Elisabeth, Thomas Fersen

Comme tout ce qui concerne ma mère, cette réponse est cryptique. Penser à en parler au monsieur de la tête.


24. What is your deep dark secret ? Out the blue, John Lennon

On a fait pire, comme secret inavouable. Ce n’est pas avec ça que je vais réussir mon N.E.W.T.S. de Defense against the Dark Arts.


25. What is your mortal enemy’s theme ? The national Front Disco, Morrissey

Hé hé !


26. What’s your personality like ? L’histoire du loup dans la bergerie, Charlelie Couture

Penser à en parler au monsieur de la tête, bis.


27. Which will be played at your wedding ? Toujours quand tu dors, Mano Solo


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J’hésite à y voir un signal fort…


Quand j'aurai un peu moins deux mains gauches, et que j'aurai compris comment faire pour insérer de la musique sur ces pages (que ceux qui ont compris n'hésitent pas à m'expliquer), toute la vérité sonore sera faite (oui, même Dave). Depuis, j’ai compris – merci Radioblog – en revanche, pour Dave, j’ai pas pu…



A toi pour toujours,

Valentine

Dernières séances

Cher Philippe,

Si tu passes de bonnes vacances, si tu te la coules douce sur une plage proche ou lointaine, voici un petit conseil afin de ne pas gâcher tes dernières heures de farniente avant de te replonger dans le tourbillon de la maison de la Radio (pas mal atteinte, pendant les vacances, tu ne la reconnaîtras pas) : ne lis PAS Marilyn, dernières séances, de Michel Schneider. Je sais, ça a l'air bien, ça donne envie de découvrir la réalité des rapports de la blonde et de son psy - même si, comme moi, on n'a jamais vu un film avec Marilyn et qu'on n'a nullement l'intention d'en voir un -, bref, nos non-amis du marketing ont bien fait leur boulot pour favoriser notre acte d'achat. Sauf qu'à l'évidence, et comme souvent dans les services marketing des boîtes d'édition, et je sais de quoi je parle, ils n'ont jamais lu un livre. Car s'ils l'avaient lu, ils sauraient que ce livre, outre qu'il est écrit avec le pied, n'est ni fait ni à faire.
Certes, pour quiconque aurait envie de sauter d'anecdotes avortées en pseudo révélations croustillantes, cela pourrait constituer une bonne occupation. Mais vite saoûlante, sans compter que la lecture de Voici est sans doute plus efficace dans cette optique. Mais si jamais tu pensais pouvoir passer un bon moment de lecture, agrémenté d'une plongée dans l'âme noire de la blonde et dans la relation insane qu'elle entretint avec son psy, tu en seras pour tes frais.
Un exemple de ce que tu n'y liras pas, car je suis sûre que tu entendras mon conseil :

Los Angeles, la cité des anges, était devenue la cité des rêves. La rencontre de Roméo Greenschpoon devenu Ralph Greenson [son psy, donc], et de Norma Jean Baker alias Marilyn Monroe, ne pouvait avoir lieu qu'à Hollywood. [...] C'est là que la psychanalyse et le cinéma vécurent leur liaison fatale.( p.28)

Eh bien, vois-tu, à mes yeux, cette manière de ne nous épargner aucun cliché, de tirer des généralités de rien, et de se placer dans la position supérieure de celui qui a bien compris les desseins des uns et des autres, celui qui maîtrise les destins et saura nous les dévoiler, si on est sages, cette manière de faire, de dire et d'écrire me fait vomir. Je crois bien que c'est tout ce que je déteste, et en lisant ces pages (je suis quand même allée jusqu'à la page 150, j'espérais sincèrement que cela allait s'arranger), je n'ai pu m'empêcher de penser à la biographie que Daniela Lumbroso a osé écrire sur Françoise Dolto. Je ne l'ai pas lue, mais je l'ai entendue en parler, face à toi, d'ailleurs, et ensuite j'en ai lus quelques extraits, et c'est exactement ça : une construction bâtarde, servie par une écriture à la fois prétentieuse et insipide et par un ego qui joue au démiurge - et s'y perd. N'est pas Houellebecq qui veut.
Quant à Marilyn, les photos de Stern permettent sans doute bien mieux d'en approcher un visage inédit.
Voilà. Et puis sinon, sur les conseils des uns et des autres, j'ai fini par lire Je l'aimais de Gavalda, et vraiment, malgré toute ma bonne volonté, je ne l'aime pas. Les 30 premières pages sont époustouflantes, et puis on tombe dans un mélo mal écrit et systématique, prévisible et souvent plat. C'est dommage, d'ailleurs, vu le début, qui m'a pas mal fait penser à Fargues, en effet.
Pour finir, donc, une citation de la Théorie quantitative de la démence, de Will Self, qui a le don de me réjouir, ivre ou pas :

Il n'y avait personne dans l'immense pavillon, à part lui, moi et une gouvernante âgée, Mme Hogg, une femme tellement portée sur le fatalisme calviniste qu'elle pouvait regarder béatement une poularde s'enflammer dans le fourneau sans songer à régler le feu.

A toi pour toujours,

Valentine


25 juillet 2007

Harry, un ami qui vous veut du bien

Cher Philippe,

La chair n'est plus vraiment triste, je n'ai toujours pas lu tous les livres, mais j'ai fini HP (et non, à l'HP).
A présent, JE SAIS.
Pfff......
Je pourrais révéler la fin sur cette page - un vrai spoiler, ça devrait me permettre de remonter en page 1 sur Google, non? - mais je ne le ferai pas. Et non. Si tu veux savoir comment ça finit, tu n'as qu'à le lire : après tous les livres que le parrain t'a forcé à lire cette année, ça ne sera jamais qu'un pavé de plus. Et m'est avis que tu en tireras plus de plaisir que de lire Lait noir de l'aube, de Jean Clair... Et puis au moins, JK Rowling ne risque pas de te renvoyer dans tes cordes, et à tes chères études, après la lecture, c'est toujours ça de pris.
Voilà.
Il m'a fallu 7 tomes pour connaître la fin d'HP, et des années d'attente. J'espère qu'il ne me faudra pas attendre 7 saisons de la Panique au Mangin Palace pour arriver à mes fins avec toi.

A toi pour toujours,

Valentine

18 juillet 2007

100

Cher Philippe,

8 mois, cent billets, 4630 visiteurs, 9600 pages vues, depuis le monde entier : imagine qu'on sait mon amour pour toi jusqu'en Malaisie, en Nouvelle Zélande et au Burkina Faso.
Une enluminure représentant Tristan buvant le philtre d'amour que la belle Yseult vient de lui tendre s'imposait donc pour célébrer ces cent premiers billets, et saluer ceux qui suivront, où je tenterai, avec encore plus d'ardeur, de te prendre à mes rets.


Cent

C'est l'âge auquel notre amour ne s'éteindra pas, parce qu'il est éternel et ne finira jamais.
C'est l'âge auquel je voudrais mourir, et pourtant l'idée que cela ne soit que dans 67 ans me remplit d'effroi : c'est bien court, seulement deux vies comme la mienne à vivre encore.
C'est le nombre de fois où je serais bien inspirée de tourner ma langue dans ma bouche avant de l'ouvrir, et notamment en ces pages.
C'est à peu de choses près le coefficient multiplicateur qui existe entre mon salaire et celui de Pascal Nègre.
C'est, sur une échelle de 1 à 100, le degré de désespoir qui m'accable devant ton silence.

Sang

D'encre, quand j'imagine que je pourrais ne pas te retrouver sur les ondes à la rentrée.
Mauvais, quand je pense que dans quelques mois, je quitterai définitivement l'âge d'Alexandre, et que je serai loin d'avoir entrepris, et encore moins achevé, ce qui me tenait à coeur.
Bleu, quand j'ai eu le mauvais goût de vouloir épouser un noble très fin de race - rassure-toi, c'était avant de t'aimer.
Mêlé, comme Hermione, Snape et Tom Riddle.
Froid, dont je n'ai pas manqué lors de mes dernières négociations avec mon banquier.
Un coup m'en prend, quand je songe à la bêtise crasse des dirigeants de France Inter.
J'en sue, ainsi que d'eau, pour me retenir d'expliquer à mon odieuse chef tout le mal que je pense d'elle.
Chaud, quand je pense à toi le soir à la brune.

Sens

Comme le plaisir du même nom, dont tu es à mes yeux l'incarnation.
Comme les cinq que j'aimerais que tu flattes, même si jusqu'à présent, tu n'en émoustilles qu'un seul.
Dessus dessous, l'état dans lequel je suis quand je t'écoute.
Pratique, celui dont je manque parfois cruellement.
Commun, celui que je déteste, surtout quand on se réfugie derrière lui.
Interdit, celui que j'aimerais transgresser avec toi.

Sans

Sans toi, la vie ne serait rien;
Sans vergogne, la vie serait ennuyeuse;
Sans hésitation, le oui que je te dirai;
Sans mentir, le plaisir de savoir que l'on me lit;
Sans Sexcie, Val, Sandra, Jenny, Kalliope, Elsa, Antonin, Maxime, Philippe, Gaët, Harrybobach, Olaxius, Alexandrine, Ink, Bert, Sister Dew, Willow, Karine B, Eric, Colimar, et tous les autres qui me font l'honneur de revenir me lire, ce blog n'aurait pas d'intérêt.

A toi pour toujours,

Valentine

15 juillet 2007

J'étais derrière toi

Cher Philippe,


Les vacances, c'est bien quand on en a. Le reste du temps, on s'ennuie. Tu me manques, je n'ai pas allumé ma radio depuis des semaines, et en attendant, le 21 juillet, la sortie d'Harry Potter and the Deathly Hallows, je m'ennuie. Alors je lis, parce que c'est encore ce que je sais faire de mieux, et voilà que je viens de dévorer J'étais derrière toi, de Nicolas Fargues - comme tu l'aurais dit en mauvais garçon: 217 pages, chez POL, pour 17 euros.
Eh bien vois-tu, cher Philippe, c'est le genre de livre qui fait tout bizarre à l'intérieur, et qu'on se prend en pleine gueule, tellement il semble avoir été écrit pour soi. Une histoire de couple qui se sépare, une de plus, comme on en a lues mille fois, mais c'est pourtant celle-là qui fait mouche, et qu'on retient. Une manière assez sadique de passer ses propres bassesses au crible, et de les avouer. Avouer l'inavouable, se peindre soi-même comme une larve, avec tout ce que l'aveu d'écriture a d'hypocrite, parce que si on lit, c'est déjà qu'on pardonne, mais aveu tout de même, et aveu qui dérange, en plein à la manière du Roman russe d'Emmanuel Carrère.
Je voudrais t'en citer mille passages, mais le mieux est encore que tu ailles le lire, et que tu me dises si tu te reconnais en cet homme qui a attendu la trentaine pour souffrir. Ou plutôt, pour découvrir que je pouvais souffrir comme tout le monde et que ma soi-disant distance en toute circonstance, purement théorique, purement idéaliste, purement littéraire, que tout ça ne faisait pas le poids face à un vrai coup dans la gueule bien banal, franc et massif. La trentaine pour devenir un adulte, en fait. Tu sais, les vrais problèmes, je n'en avais jamais vraiment eu. Je ne suis pas un enfant traumatisé, il n'y a rien d'objectivement dramatique dans mon histoire. Je n'ai pas été abandonné, je n'ai pas été violé, pas battu, mes parents ne se sont pas foutu sur la gueule devant moi, mon père a tué personne, il a pas été en prison, il buvait pas, ma mère a pas fait la pute pour me nourrir, j'ai pas été témoin d'horreurs, de meurtres, de génocides, de déportation ou de trucs de ce genre. Mon histoire, elle est parfaitement banale, bourgeoise.

En somme, une histoire universelle, celle des gens sans accident.

A toi pour toujours,

Valentine


L'illustration est une photo d'Hans Bellmer


08 juillet 2007

Piqûre de rappel, II


Cher Philippe,

C'est l'été, mais comme chacun sait, depuis que Sarkozy a été élu, il pleut. Il faut donc s'occuper. Quoi de mieux, ainsi, que de passer des heures à farfouiller de blog en blog, à la recherche d'informations captivantes sur des sujets essentiels - par exemple Philippe Collin, la Panique au Mangin Palace ou le devenir de la Bande à Bonnaud ? Aussi est-il plus que probable que de nouveaux lecteurs nous rejoignent - malgré la terrible trahison de Google qui me tient punie au purgatoire des pages qu'on ne regarde jamais (c'est-à-dire, toutes les pages, sauf la première) -, sauf que ces nouveaux lecteurs, débarquant en plein été, saison surtout marquée par le fait que les Paniques du dimanche sont des rediffusions, risquent d'être un peu perdus dans le foisonnement de ces 98 billets.
Aussi vais-je me permettre de les orienter à travers ces pages, afin qu'ils sachent comment je suis tombée amoureuse de Philippe Collin.
Evidemment, je sais que l'amour ne s'explique pas, se justifie encore moins, et ne se plaide surtout pas, pourtant je me suis risquée, depuis huit mois, à t'appeler, à te supplier parfois, à te provoquer même, voire à te menacer, mais rien n'y fit : tu restas à jamais silencieux. Ni pour Noël, ni pour la soixante-neuvième émission, dont je t'avais pourtant soufflé le canevas idéal, ni pour la dernière, tu ne te manifestas. J'eus beau te menacer d'élire un autre Valentin, toujours tu te dérobas à mes mots.
Dieu sait pourtant si je les économisais pas pour te plaire, mes mots, et sur les sujets les plus variés: le six décembre, n'étais-je pas sur le pont pour te parler de Nicolas, le vrai, sept mois avant l'avènement de l'imposteur que l'on sait ? Fidèle auditrice de toujours, n'ai-je pas rendu hommage aux institutions de France Inter - enfin, je veux parler du temps où France Inter était encore une radio écoutable, et dont les dirigeants ne se tiraient pas une balle dans le pied en passant à la trappe les troublions qui dérangent?
Et je ne te parle même pas des quelques billets sortis de nulle part, mais qui me plaisaient royalement, comme cette inconnue de la Seine, cette découverte de Virginie Despentes, ou, bien sûr, cet homme dont je serais amoureuse si je ne t'aimais déjà: Emmanuel Carrère. Que dire encore de ces autres billets, où l'amour de toi me dictait de longues pages, ou de plus brèves , ou encore de toutes ces villes que je foulais en ne pensant qu'à toi - Marseille, où l'on me lit et où on t'écoute, Marrakech, où je vivrais volontiers avec toi ?

Eh bien, de tous ces mots, il n'y a sans doute rien à dire, sinon que je continue à croire que tu les a lus, à espérer qu'ils continueront à avoir leur raison d'être à la rentrée des ondes, et qu'ils trouveront l'heur de plaire à ceux qui me font l'honneur de me lire.

A toi pour toujours,

Valentine

07 juillet 2007

CQFD


Depuis que Sarkozy a été élu, il pleut.





La photo a été prise par FranKc

01 juillet 2007

Arcanes mineures

Cher Philippe,

Un malheur n'arrivant jamais seul, voilà que le temple que je t'ai dédié a été rétrogradé à la troisième page dans les arcanes du grand agent orwellien google.
Certes, c'est un bien petit malheur, comparé à ceux que je dénonçais plus haut, et à tous ceux qui nous attendent, en ces temps troublés, néanmoins, il ajoute à ma peine : tu ne me parles pas, tu n'as pas répondu à mon invitation - car je ne crois pas, moi, que le baiser brûlant de la dernière Panique au Mangin Palace m'ait été destiné - et je tombe à présent dans les limbes informatiques où personne ne me trouvera plus. Sans doute ne fais-je pas assez d'audience, et la sanction est d'actualité. Peut-être ne suis-je pas assez assidue à te chanter - mais Philippe, mon chant résonne dans le silence depuis si longtemps que ma voix s'y épuise parfois, accablée que je suis par la vanité de mon entreprise. Ou peut-être es-tu toi-même à l'origine de cette dégradation - comme on dégrade un officier fautif - , peut-être as-tu trouvé le moyen de me faire taire, las de tant de propos qui flattent ton orgueil mais menacent ta paix?

Qu'importe : là comme ailleurs, je saurai résister, et personne ne saura m'empêcher de dire au monde la passion que je porte à Philippe Collin.

Valentine


Pierre Alechinsky, Aquarelle, 1998

30 juin 2007

The winner takes it all


Cher Philippe,

Vous avez gagné, toi et la bande de furieux du Mangin Palace, et pourtant, il y a comme un goût amer qui ne s'efface pas. Cette fois, le fond de l'air n'est plus vraiment rouge, comme le célébrait autrefois Chris Marker, mais bleu, et on se demande en vain qui pourrait célébrer cet air oppressant. Tu triomphes, mais combien de temps avant qu'on ne te censure, toi aussi ? Avant que tu ne rejoignes Bonnaud, Hees et les autres ? Avant qu'on ne te remplace par la fine fleur de la culture et de l'humour français - ils sont légion, ça ne devrait pas être trop compliqué à trouver. Bigard?
Alors voilà, tu gagnes, mais tu perds, et je suis effondrée. A-t-on jamais entendu plus triste dernière que celle de la Bande à Bonnaud ? Plus émouvante et plus digne, aussi :

"Simplement vous dire à quel point ça a été un plaisir et une immense joie: trois ans de Charivari, une année de Bande à Bonnaud, et puis voilà, nous avons essayé de conjuguer l'intérêt, la culture, la curiosité, et de faire tout ça dans la joie et dans la bonne humeur, parce que ce qu'il y a de marqué dans les livres, ce n'est pas forcément ennuyeux. On me reproche de faire une émission élitiste, je crois vraiment que rien n'est plus faux. Un des slogans qui a marqué ma vie, c'est le slogan du Théâtre National Populaire de Jean Vilar, et qui avait été repris par Antoine Vitez, et qui disait : élitaire pour tous. Elitaire pour tous, c'est ce que nous avons essayé de faire, ça veut dire que nous vous avons proposé pendant toutes ces années ce que nous considérions comme le meilleur, tout simplement, et nous pensions que le meilleur pour vous, c'était aussi le meilleur pour nous, voilà, c'était pas plus compliqué que ça. Donc, nous avons refusé de nous travestir, nous avons refusé le chantage, nous avons refusé d'obtempérer à la médiocrité ambiante, ça ne fait pas de nous des héros, mais évidemment, à un moment, il faut en payer le prix, et c'est un peu ce qui est en train de se passer. [...]
Hier, par hasard, j'ai rencontré Patrick Modiano, et je lui ai dit : vous savez, quand j'avais douze ou treize ans j'écoutais une émission, comme beaucoup de millions de gens, qui s'appelait Apostrophes, et on voyait un auteur qui s'appelait Patrick Modiano, qui n'était pas encore aussi connu qu'aujourd'hui, et on ne comprenait rien à ce qu'il disait, il se perdait dans ses bafouillis, et le service public de la télévision c'était ça, c'était des moments comme ça. Donc ce service public de la télévision, il a été cassé, petit à petit, on sait très bien où il en est aujourd'hui, et je pense que ce qu'on est en train de faire maintenant, c'est de casser le service public de la radio publique. Et ça c'est quelque chose de grave parce que je trouve que les cases s'amenuisent, et qu'il y a de moins en moins d'intervalles. [...]
Nous finissons la tête haute, sans nous travestir, en étant restés nous-mêmes."

Et parce que les mots ne remplacent pas l'accent de la sincérité, on peut aussi l'écouter ici.
Et parce que je ne vois pas bien ce que je pourrais ajouter après ça, je m'arrête là.

A toi tant que tu seras là,

Valentine

27 juin 2007

La bande à Bonnaud

Cher Philippe,

Pardonne-moi de mettre l'amour que je te porte entre parenthèses, mais je ne peux croire à ce que j'apprends : la Bande à Bonnaud disparaîtrait à la rentrée ?
A moins que la direction de France Inter ne considère qu'une émission d'Isabelle Giordano suffise à assurer une mission de service public, j'ai du mal à comprendre pourquoi elle supprimerait la seule émission culturelle digne de ce nom de son auguste antenne. Je ne compte plus le nombre de livres, de pièces de théâtre et de films que j'ai vus ou lus cette année grâce à la BAB : que vais-je faire l'an prochain? Ecouter les Grosses Têtes ?
Pffff....... Plus de Bonnaud, plus d'Annesse, de Gabriel, de chroniqueur gastronomique qui avance masqué, plus de Viviant... Et, bien sûr, plus de mission de mauvais garçon.
Dieu que les après-midi vont être longs, dès septembre...

Aussi me permets-je d'en appeler à vous, qui me faites l'honneur de me lire, vous avec qui je partage sans doute beaucoup d'autres goûts que celui, immodéré, du Collin et du total foutraque, afin de faire grossir les rangs des auditeurs colères devant tant de désinvolture, et bien décidés à sauver la Bande à Bonnaud.

A toi pour toujours,

Valentine

20 juin 2007

Un dernier baiser


Cher Philippe,


J'ai une faveur à te demander.

Oh, une toute petite faveur, rassure-toi, rien qui ne te soit impossible, rien qui ne te compromette. Rien d'illégitime, non plus - enfin, tu jugeras.
Voilà les faits : depuis bientôt sept mois, tu as peut-être remarqué que je te consacrais mon temps, mon énergie, mon babil, et bien d'autres artifices qu'il serait trop long de citer ici. Si, par le plus extraordinaire des hasards, tu ne t'es pas aventuré en personne sur ces pages à ta gloire, je doute que personne, autour de toi, ne te les ai signalées - l'efficacité du système orwellien qui nous entoure fait que, vois-tu, je sais bien qu'on les visite depuis Radio France, ces pages. Admettons toutefois que tu n'en aies rien su, d'où tes silences, et que tu me lises aujourd'hui pour la première fois.
Aujourd'hui, c'est-à-dire à quelques jours à peine de la dernière émission de la saison, l'ultime Panique qui nous déridera avant d'aller nous prélasser sur des plages lointaines. Une dernière émission, brillante comme il se doit, comme les dizaines d'autres qui l'ont précédée, et qui t'ont permis de prétendre à des honneurs croissants, d'une place de choix chez Bonnaud à la double page dans le Monde 2, en passant, bien sûr, par un festival new-yorkais dont il me tarde de connaître l'issue.
Alors voilà, Philippe, lors de cette dernière émission, j'aimerais que tu me fasses signe.
Depuis des mois que je mendie ton attention, que je supplie tes mots et que je me prosterne à tes pieds pour qu'enfin, une seule parole de toi me libère, jamais tu ne daignas soulager ma peine. Ni ici, ni sur les ondes où je te suggérais pourtant quelques thèmes audacieux. Alors, dimanche, il me semblerait juste qu'enfin tu te manifestes. Evidemment, je ne m'attends pas à ce que, soudain, au détour des aventures de Monique et Jean-Claude, tu t'interrompes pour saluer ma tendre entreprise. Non, ce que j'aimerais, c'est que, au gré de ton envie, tu glisses au creux de tes mots une phrase, un titre, que tu aurais trouvés ici, et que je reconnaîtrais, même si je suis la seule.
Ça n'est pas grand chose, cher Philippe, et cela réjouirait mon âme, mon coeur, et raviverait la flamme de l'amour que je te porte, et surtout des mots que, chaque semaine, j'ordonne ici pour toi. Par dessus tout, cela me donnerait l'envie de continuer, cet été, et plus loin encore, de me dévouer à toi.
D'une certaine manière, Philippe, tu me le dois bien, non pas comme une dette, mais comme un contre-don, et si tu hésites encore, rappelle-toi tes propres paroles. A l'heure où tu annonçais que la Panique au Mangin Palace était sélectionnée pour la finale du sus-nommé festival, tu ne manquas pas d'ajouter :

"Si nous gagnons, nous savons que vous pourrez toutes et tous réclamer un bout de cette médaille".
Philippe Collin, dimanche 10 juin, 11h59, F.I.

Eh bien voilà, pour moi, cette médaille, tu la portes déjà, et si je viens à toi aujourd'hui, c'est pour t'en réclamer, amoureuse, le bout qui m'en revient.

A toi pour toujours,

Valentine


Francis Picabia, La Nuit espagnole, 1922

17 juin 2007

Oui pour toujours


Cher Philippe,

Enfin, un signe.

Au bout de 7 mois de cour assidue, me voici enfin récompensée : en t'écoutant, ce matin, j'ai compris que tu m'envoyais un message. Codé, certes, mais néanmoins intense. Car qu'aurais-je pu penser d'autre en découvrant que tu avais choisi de consacrer ton avant-dernière émission aux liens sacrés du mariage ?
Pourtant, mon amour, je vais devoir tempérer tes ardeurs, même si cela me brise le coeur.
Je ne t'épouserai pas, mon ange.
D'abord, parce que l'amour, on le sait bien, dure trois ans : or, celui que je te porte est si impérieux qu'à imaginer un instant seulement qu'il puisse finir un jour, je me sens brisée, et toutes les larmes de mon corps ne suffiraient pas à dire mon chagrin.
Ensuite, parce que depuis que tu te pavanes sur les pages glacées des hebdomadaires, j'ai découvert un élément qui me trouble. Tu es blond, Philippe. Certes, il n'est pas sage de s'en tenir à l'apparence, mais le Philippe Collin que j'aime est brun.
Enfin, et c'est ce qui m'oblige à refuser ta main, à renoncer à remonter vers toi l'autel de la plus sublime cathédrale, je ne peux m'unir à toi parce que la force de mon désir est telle que prétendre le dresser le tuerait à coup sûr. Ma passion ne résisterait pas aux cadres des institutions.
Je t'aime tant, mon bien aimé, qu'à t'avoir enfin, je te perdrais, et si je te perdais, j'en deviendrais folle. Comme la vierge folle de Rimbaud.

Écoutons la confession d'un compagnon d'enfer :
Ô divin Époux, mon Seigneur, ne refusez pas la confession de la plus triste de vos servantes. Je suis perdue. Je suis soûle. Je suis impure. Quelle vie !
Pardon, divin Seigneur, pardon ! Ah ! pardon ! Que de larmes ! Et que de larmes encor plus tard, j'espère !
Plus tard, je connaîtrai le divin Époux ! Je suis née soumise à Lui. − L'autre peut me battre maintenant !
A présent, je suis au fond du monde ! O mes amies !... non, pas mes amies... Jamais délires ni tortures semblables... Est-ce bête !
Ah ! je souffre, je crie. Je souffre vraiment. Tout pourtant m'est permis, chargée du mépris des plus méprisables cœurs.
Enfin, faisons cette confidence, quitte à la répéter vingt autres fois, − aussi morne, aussi insignifiante !
Je suis esclave de l'Époux infernal, celui qui a perdu les vierges folles. C'est bien ce démon-là. Ce n'est pas un spectre, ce n'est pas un fantôme. Mais moi qui ai perdu la sagesse, qui suis damnée et morte au monde, − on ne me tuera pas ! − Comment vous le décrire ! Je ne sais même plus parler. Je suis en deuil, je pleure, j'ai peur. Un peu de fraîcheur, Seigneur, si vous voulez, si vous voulez bien !
Je suis veuve... − J'étais veuve... − mais oui, j'ai été bien sérieuse jadis, et je ne suis pas née pour devenir squelette !... − Lui était presque un enfant... Ses délicatesses mystérieuses m'avaient séduite. J'ai oublié tout mon devoir humain pour le suivre. Quelle vie! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde. Je vais où il va, il le faut. Et souvent il s'emporte contre moi, moi, la pauvre âme. Le Démon ! − C'est un Démon, vous savez, ce n'est pas un homme.

Tes délicatesses mystérieuses m'ont séduite, mon amour. J'ai tout oublié de mon devoir pour te suivre, mon ange, mais je sais bien, moi, que tu es un homme, un vrai.

A toi pour toujours,

Valentine

Marc Chagall, La Mariée
Rimbaud, "La Vierge Folle", Une Saison en Enfer, 1873

03 juin 2007

Les chansons d'amour


Cher Philippe,

Ce serait bien, une panique sur les chansons d'amour.
A l'image de ce film incroyable qui transforme en or une journée commencée de plomb - une journée, par exemple, où tu te fais réveiller par Christine Angot qui braille dans le poste. Pour dire des inepties, comme à l'accoutumée, autour de son nombri.
Eh bien, moi, je ne dis pas "nombri", mais nombril, et je préfère m'intéresser à celui des gens brillants - le tien, au hasard, ou celui de Christophe Honoré, qui me cloue sur place avec son film.

A toi pour toujours,

Valentine

30 mai 2007

Pour l'éternité


Cher Philippe,


Tu le sais sans doute, de l'amour à la haine, il n'y a souvent qu'un pas, que d'invisibles blessures font parfois franchir. Un geste de trop, un geste de moins, une phrase qui échappe, ou une autre qui ne vient pas - la frontière est ténue et quand on l'aperçoit, il est déjà trop tard, on est de l'autre côté.
Alors, avant que ton silence ne me fasse irrémédiablement verser de cet autre côté, d'où, comme de l'enfer, on revient rarement, laisse-moi te raconter une histoire dont la délicieuse ironie m'enchante.
Tu as peut-être déjà hanté, un dimanche où tu n'officiais pas encore à nous divertir sur les ondes, les allées silencieuses et la crypte solennelle du Panthéon. Peut-être que ce dimanche-là, tu avais prévu de passer la journée avec ton amoureuse, que tu lui avais donné rendez-vous à Saint-Michel et qu'elle t'avait fait faux bond. Peut-être ne t'aimait-elle plus, ou ne t'avait-elle jamais aimé, ou peut-être était-elle retenue chez elle par la visite intempestive d'un oncle de province? Toujours est-il que tu l'avais attendue près d'une heure, avant de partir noyer ton chagrin au hasard des rues parisiennes, dont tu ne percevais même plus l'animation, tant ton âme était triste. Evidemment, tes pas te portèrent rue Soufflot, sans que tu le saches, et ce fut d'une démarche languissante et lourde du désespoir de tous les coeurs brisés que tu la remontas, sans même le savoir. Que te faisait, à toi, à cet instant, de savoir où aller ?
Mais voilà, parvenu en haut de la rue Soufflot, tu te trouvas face au Panthéon. Monument immense, imposant, avec son fronton républicain qui rappelait qu'aux grands hommes, la patrie était reconnaissante. Alors soudain, sans réfléchir, tu t'y engouffras, songeant peut-être aux accents de Malraux célébrant l'entrée de Jean Moulin au même lieu, plus sûrement sans doute en espérant trouver une sorte de réconfort à descendre ainsi au champ des morts éprouver ta peine à l'aune du souvenir de tes illustres et défunts semblables.
Passant sans même les voir les fresques pompières des glorieux murs, tu laissas ton instinct te guider vers le monumental escalier qui t'appelait sur ta gauche. Là, à l'ombre du coeur de Gambetta, tu franchis d'un pas pesant la volée de marches qui te séparait du séjour des morts. L'obscurité te saisit quand tu pénétras dans la crypte, tandis qu'un voile d'humidité désagréable te mordait le visage. Enfin, tes yeux s'accoutumèrent peu à peu à la lumière faiblarde, et enfin tu les vis.






Voltaire et Rousseau, réunis dans la mort, pour l'éternité.




Là, tu songeas sans doute à l'esprit malin qui les avait ainsi figés, dans une posture qui donnait sans conteste la victoire au vieux lion de Ferney.
Sa statue ne semblait-elle pas rire de ce coup du sort qui lui permettait, jusque dans la mort, de moquer son ennemi, le jeune impudent qui avait, toute sa vie durant, voulu lui faire de l'ombre, et qu'un seul de ses mots avait suffi à mettre à bas ?
Le bras de Rousseau, au contraire, semblait vouloir rentrer en la tombe afin d'échapper à la torture de pourrir sous les yeux de son ennemi mortel, cet homme qu'il avait tant aimé, avant de le vouer aux flammes de la haine éternelle.
Alors, vois-tu, cher Philippe, en tombant en arrêt devant cette farce un peu macabre du destin, tu aurais pu méditer sur le fil ténu, qui, je te le disais en commençant, distingue les sentiments. Et si tu l'avais connue, cette ultime lettre que Rousseau adressa à Voltaire aurait résonné d'un glas bien amer dans ton esprit chagrin :

Je ne vous aime point, Monsieur; vous m'avez fait les maux qui pouvaient m'être les plus sensibles, à moi votre disciple et votre enthousiaste. Vous avez perdu Genève pour le prix de l'asile que y avez reçu; vous avez aliéné de moi mes concitoyens pour le prix des applaudissements que je vous ai prodigués parmi eux : c'est vous qui me rendez le séjour de mon pays insupportable; c'est vous qui me ferez mourir en terre étrangère, privé de toutes les consolations des mourants, et jeté pour tout honneur dans une voirie, tandis que tous les honneurs qu'un homme peut attendre vous accompagneront dans mon pays. Je vous hais, enfin, puisque vous l'avez voulu; mais je vous hais en homme encore plus digne de vous aimer si vous l'aviez voulu. De tous les sentiments dont mon cœur était pénétré pour vous, il n'y reste que l'admiration qu'on ne peut refuser à votre beau génie et l'amour de vos écrits. Si je ne puis honorer en vous que vos talents, ce n'est pas ma faute. Je ne manquerai jamais au respect qui leur est dû ni aux procédés que ce respect exige.

Et vois-tu, cher Philippe, je donnerais dix ans de ma vie pour avoir été l'auteur de cette incroyable sentence : je vous hais, enfin, puisque vous l'avez voulu; mais je vous hais en femme encore plus digne de vous aimer si vous l'aviez voulu.

Puissé-je n'avoir jamais à te la jeter au visage.

A toi pour toujours,

Valentine

27 mai 2007

Le petit vélo au fond de la cour

Cher Philippe,


Drôle de climat pour parler de la petite reine, il tombe des hallebardes et j'ai au coeur des roues qui partent dans tous les sens plutôt qu'un mécanisme bien réglé. Heureusement que les sentiments que je te porte, eux, sont capables de passer tous les cols, sans même charger la mule : tu es mon EPO, mon pot belge... T'a-t-on jamais fait plus joli compliment ? Je parie que non, et me réjouis, une fois de plus, de savoir renouveler les codes amoureux simplement parce que je pense à toi.

A toi pour toujours,

Valentine

16 mai 2007

Méditations



Cher Philippe,

Demain, ce n'est pas au Crillon que je m'adonnerai à mon vice favori, mais à la Mamounia, le palace de Marrakech, car, oui, fidèle à ma caste, je pars à Marrakech à l'Ascension - célébrer la fête christique dans une mosquée me paraissant une excellente idée pour chasser la morosité que l'on sait.
Pendant que je peaufinerai mon teint et mes talents de négociatrice au Souk, je te laisse méditer (sur un yacht, ou non, ce sera à ta convenance - on a les méditations que l'on peut) sur cette histoire qu'Emmanuel Carrère met dans la bouche de Philip K. Dick dans la biographie qu'il consacre à ce fou génial (lui), histoire sur laquelle on pourrait méditer des heures :

C'est une maîtresse de maison qui reçoit à dîner et elle a posé une superbe entrecôte de cinq livres sur le buffet de la cuisine. Quand les invités arrivent, elle bavarde avec eux dans le salon, ils prennent un martini ou deux, puis elle s'excuse, file dans la cuisine pour aller préparer l'entrecôte... et s'aperçoit qu'elle a disparu. Qui voit-elle alors dans un coin, en train de se pourlécher tranquillement les babines? Le chat de la maison. [...] Les invités accourent. Ils discutent. Les cinq livres d'entrecôte se sont volatilisées et le chat a l'air parfaitement satisfait et repu. "Pesons le chat", suggère quelqu'un. Ils ont tous un peu bu et l'idée leur paraît excellente. Ils vont dans la salle de bains, placent le chat sur la bascule. Il pèse cinq livres. Tout le monde se presse autour de la bascule. Un invité dit "C'est bien ça, le compte y est". Ils sont certains de savoir ce qui s'est passé, maintenant qu'ils ont une preuve concrète. C'est alors qu'un autre invité, pris de scrupules, demande : "Mais où est le chat?"


A toi pour toujours,

Valentine

Emmanuel Carrère, Je suis vivant et vous êtes morts, Editions du Seuil

14 mai 2007

Se lever tôt, mais à quelle heure?


Cher Philippe,

Parmi les questions qui me tarabustent depuis quelques semaines, outre l'issue de notre passion qui me semble parfois aussi improbable que l'élection de Ségolène Royal, il y a celle de la France qui se lève tôt. Car, vois-tu, comme on ne nous dit jamais l'heure à laquelle il conviendrait de se lever pour être de bons Français, je suis en quelque sorte rongée par un insidieux sentiment de culpabilité : et si je ne me levais pas assez tôt ?
Curieusement, alors que je travaille, et souvent plus, même, je ne peux m'empêcher de me sentir visée par cette désignation qui me rejette à la marge. Comme si cette formule n'était qu'une vaste entreprise d'exclusion culpabilisante. Une de plus ? Exclure plus, pour contrôler plus ?
Mais voyons un peu, cher Philippe, comment fonctionne cette propagande bien ordonnée, qui, comme chacun sait, commence par soi-même.
A part les boulangers ou les gens qui travaillent de nuit, qui se lève tôt, sinon les perdants du système, ceux qui doivent se fader des heures et des heures de transport parce qu'ils n'ont pas les moyens de vivre près de leur lieu de travail ? S'ils se lèvent tôt, c'est parce qu'ils travaillent dans des conditions qui ne leur permettent plus de vivre correctement, et de travailler correctement. Autrement dit, les heures non dormies par ceux qui se lèvent tôt, ou non utilisées à vivre, ce ne sont pas des heures de travail, ce sont des heures de galère et de précarité. CQFD.
Moi, je travaille. Je me lève donc pour aller travailler. Je mets un réveil. A 7h53. Je ne perds pas trois heures dans les transports. Et quand je sors du travail, ma journée n'est pas morte - vu qu'au cas où certains l'auraient oublié, la journée de 12 heures de travail, ça fait longtemps qu'elle est illégale en France, heure sup défiscalisée ou non. Et donc, moi, avec le temps qui me reste, je lis, je sors, je te déclare ma flamme, bref, en un mot, je vis.
Alors, si la bonne heure pour se lever, en langage sarkosyste, c'est celle qui permet d'accomplir ce travail, d'où me vient ce sentiment que lorsque le nain furieux parle de la France qui se lève tôt, je n'en fais pas partie ? Que j'appartiens à l'autre côté, celui des feignasses, des assistés, des profiteurs et des parasites de la société dont il aimerait tant nous débarasser ? Peut-être parce que la France qui se lève tôt, cette France rêvée et cauchemardesque, ce serait une France peuplée de gens dont chaque minute, même perdue - surtout perdue, à ramer dans les transports par exemple - devrait être consacrée au travail. A la valeur travail. Pour que cela ne nous laisse surtout pas un instant pour vivre, penser, aimer.

Perspective réjouissante s'il en est.

Pourtant, malgré toute la désespérance dont ce constat m'accable, je te le promets, cher Philippe, pour préserver le temps que je passe à t'aimer, je suis prête à me lever tôt - bien plus tôt. Et, oui, même le dimanche, malgré ce que j'ai pu en dire parfois, quand toi-même te lèves tôt afin de travailler à nous concocter de riants réveils.

A toi pour toujours,

Valentine


PS : J'ai fait un rêve étrange cette nuit... D'un côté, Victor Hugo, Eugène Sue, François Mitterrand. De l'autre, Eric Besson, Jacques Chirac, Claude Allègre. Tu devines le rapport?